Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
Ouine ghadi biya ?
Réussir ses études n'est plus un objectif, pour l'enfant. « Khouya kène brillant. Il a eu sa licence avec félicitations du jury. Depuis, il est au chômage, tous les murs du quartier le connaissent ».
Le travail n'est plus une vertu pour le gosse quand il voit le voisin vivre comme un nabab, devenir charika gadra sans bouger le petit doigt.
Mais, où allons-nous ainsi ? Le bon sens laisse prévoir que c'est vers la destruction d'une société qui a su résister pourtant aux pires des exactions.
Il n'est nul besoin de connaître la régression linéaire ou autre méthode de prévision pour pouvoir dire qu'à l'arrivée, il ne fera pas bon ! La belle journée, c'est à l'aube qu'on la reconnaît, et notre aube, à nous, n'est pas gaie du tout.
Tous ces enfants qui ne savent plus quoi faire de leur vie, tous ces parents qui ne peuvent pas ne pas être angoissés devant l'indigence qu'on leur prescrit d'office, et tous ces jeunes qui, à défaut de faire éclater leurs capacités bienfaitrices, ne pensent plus qu'à se défoncer pour pouvoir glisser entre les doigts de leur propre société. Nous sommes en train de les perdre entre un discours pas très nécessaire et un silence toujours de trop. La léthargie dans laquelle tout semble plonger ainsi que le désarroi de ceux qui ne voient rien venir interpellent ce qui pourrait encore rester d'un amour propre, mille fois révisé et autant de fois brûlé vif par des monstres ivres de pouvoir.
Où va-t-on donc ? Où va-t-on avec une école qui vomit ses élèves et des jardins publics qui puent la drogue ? Où va-t-on avec des entreprises qui font fi de leur responsabilité sociale et des suicides qui se généralisent ? Mais, où va-t-on donc ? Ouine ?
Le malaise qui frappe un peu partout le monde du travail ; la désillusion qui renverse à tous les niveaux les derniers à traîner encore un quelconque espoir ; la déception qui étale son voile, chaque jour, sur une partie plus grande de la société, doivent être considérés comme des signes sérieux d'un effritement qui hurle son nom. Et, c'est ici que cela se passe, dans ce pays de merveilles, dont les fleurs ont malheureusement appris à se faner à l'état de bourgeons, où la pluie continue à sécher avant de toucher le sol. Ouine ghadi biya khouya ?
Réussir ses études n'est plus un objectif, pour l'enfant. « Khouya kène brillant. Il a eu sa licence avec félicitations du jury. Depuis, il est au chômage, tous les murs du quartier le connaissent ».
Le travail n'est plus une vertu pour le gosse quand il voit le voisin vivre comme un nabab, devenir charika gadra sans bouger le petit doigt.
Mais, où allons-nous ainsi ? Le bon sens laisse prévoir que c'est vers la destruction d'une société qui a su résister pourtant aux pires des exactions.
Il n'est nul besoin de connaître la régression linéaire ou autre méthode de prévision pour pouvoir dire qu'à l'arrivée, il ne fera pas bon ! La belle journée, c'est à l'aube qu'on la reconnaît, et notre aube, à nous, n'est pas gaie du tout.
Tous ces enfants qui ne savent plus quoi faire de leur vie, tous ces parents qui ne peuvent pas ne pas être angoissés devant l'indigence qu'on leur prescrit d'office, et tous ces jeunes qui, à défaut de faire éclater leurs capacités bienfaitrices, ne pensent plus qu'à se défoncer pour pouvoir glisser entre les doigts de leur propre société. Nous sommes en train de les perdre entre un discours pas très nécessaire et un silence toujours de trop. La léthargie dans laquelle tout semble plonger ainsi que le désarroi de ceux qui ne voient rien venir interpellent ce qui pourrait encore rester d'un amour propre, mille fois révisé et autant de fois brûlé vif par des monstres ivres de pouvoir.
Où va-t-on donc ? Où va-t-on avec une école qui vomit ses élèves et des jardins publics qui puent la drogue ? Où va-t-on avec des entreprises qui font fi de leur responsabilité sociale et des suicides qui se généralisent ? Mais, où va-t-on donc ? Ouine ?
Le malaise qui frappe un peu partout le monde du travail ; la désillusion qui renverse à tous les niveaux les derniers à traîner encore un quelconque espoir ; la déception qui étale son voile, chaque jour, sur une partie plus grande de la société, doivent être considérés comme des signes sérieux d'un effritement qui hurle son nom. Et, c'est ici que cela se passe, dans ce pays de merveilles, dont les fleurs ont malheureusement appris à se faner à l'état de bourgeons, où la pluie continue à sécher avant de toucher le sol. Ouine ghadi biya khouya ?
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Séraphin- Admin
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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
JE N'AIME PAS.................................. J'ADORE
TOP C'EST TROP TOPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPP
Je n'ai pas tout lu mais uniquement les deux première histoire de faire durer le plaisir
Merci Séraphin pour ce choix judicieux
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"Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme -sans parole aucune- se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre ou le coeurs attentif à la voix d'un ami"

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
Faim-mot
Avec les froids nocturnes, les sans-abri réapparaissent sur les bouches d'air des boulangeries à la recherche d'un peu de chaleur. Hypocritement on les appelle sans domicile fixe', alors que de domicile ils n'ont ont point, fixe ou pas. Ce soir, un ami me faisait remarquer qu'il y avait une personne qui dormait dans l'entrée de l'immeuble à côté du sien, toutes les nuits, quelle que soit la saison, depuis des années ; une sorte de fixe sans domicile.
Dans mon enfance on les nommait «clochards», personnes qui, en règle générale, avaient choisi de se mettre en dehors de la société, de se tenir à l'écart de leurs semblables et vivotaient de-ci de-là, souvent la bouteille de vin à portée de la main.
Aujourd'hui, nous rencontrons beaucoup plus souvent une clochardisation subie, une société rejetant certains de ses constituants dans une non-vie incertaine.
Mais, ceci dit, savez-vous pourquoi on appelle ces exclus des clochards ?
Il se trouve qu'au Moyen Age, à la fin des marchés on sonnait la cloche qui était le signal pour les pauvres qu'ils pouvaient venir glaner les invendus, les fruits plus très frais, les légumes flétris. Ceux qui répondaient à ce signal étaient, de manière méprisante, appelés des clochards.
Finalement, peu de chose a changé depuis.
Hier, avant le passage du camion de ramassage des ordures dans cette rue-marché quotidien, une meute d'enfants et de femmes, courbés nez sur l'asphalte dégueulasse, ils s'arrachaient les légumes pourris et les fruits piqués jetés par les «légumiers» en fin de journée. Alors clochard ? Non ce sont des pauvres. Ceux qui ont honte de tendre la main. Main qu'on courtise lors des élections.
Avec les froids nocturnes, les sans-abri réapparaissent sur les bouches d'air des boulangeries à la recherche d'un peu de chaleur. Hypocritement on les appelle sans domicile fixe', alors que de domicile ils n'ont ont point, fixe ou pas. Ce soir, un ami me faisait remarquer qu'il y avait une personne qui dormait dans l'entrée de l'immeuble à côté du sien, toutes les nuits, quelle que soit la saison, depuis des années ; une sorte de fixe sans domicile.
Dans mon enfance on les nommait «clochards», personnes qui, en règle générale, avaient choisi de se mettre en dehors de la société, de se tenir à l'écart de leurs semblables et vivotaient de-ci de-là, souvent la bouteille de vin à portée de la main.
Aujourd'hui, nous rencontrons beaucoup plus souvent une clochardisation subie, une société rejetant certains de ses constituants dans une non-vie incertaine.
Mais, ceci dit, savez-vous pourquoi on appelle ces exclus des clochards ?
Il se trouve qu'au Moyen Age, à la fin des marchés on sonnait la cloche qui était le signal pour les pauvres qu'ils pouvaient venir glaner les invendus, les fruits plus très frais, les légumes flétris. Ceux qui répondaient à ce signal étaient, de manière méprisante, appelés des clochards.
Finalement, peu de chose a changé depuis.
Hier, avant le passage du camion de ramassage des ordures dans cette rue-marché quotidien, une meute d'enfants et de femmes, courbés nez sur l'asphalte dégueulasse, ils s'arrachaient les légumes pourris et les fruits piqués jetés par les «légumiers» en fin de journée. Alors clochard ? Non ce sont des pauvres. Ceux qui ont honte de tendre la main. Main qu'on courtise lors des élections.
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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
Ragoût et dégoût
L'orchestre des ustensiles de cuisine a démarré très tôt dans la cuisine. La veille, sa femme a noté la recette présentée à la télé. A même essayé de prendre en photo numérique depuis son poste de TV, le résultat final. Elle a aussitôt déclaré à son mari : c'est ça que tu vas manger demain inchallah. Il en a marre de toutes ses nouveautés. De nouveaux goûts à la mode, lui explique son épouse. Lui, il ne comprend rien à cette mode. Il voudrait retrouver les vrais plats d'antan. L'odeur. Le goût vrai des plats de son enfance. Les gâteaux exhibent des couleurs pastel de colorants industriels. L'autre jour, il a même vu chez le pâtissier des gâteaux couleurs argent ou or. Avec des paillettes. Il s'est dit que jamais il n'oserait les porter à sa bouche. Il aurait l'impression de manger un bout de la robe de cérémonie de sa femme. Ecoeurant. Beurk ! Oine raki ya mma ?. Aujourd'hui, grâce à toutes les facilités offertes à nos femmes, celles-ci se paient le luxe de garder des mains fines et gracieuses. Douces. Qui s'en plaindraient ? Que nos femmes s'usent moins à la tâche, c'est plutôt une avancée sociale notable. C'est le reste qui préoccupe. En effet, les plats préparés font de plus en plus leur apparition chez nous. Distancés par des fast-foods qui se répandent tels des champignons. On connaît le résultat de toutes ces facilités alimentaires dans d'autres pays. L'obésité. Notre cuisine traditionnelle en fabriquait aussi. Mais elle était plus seine et ne démarrait que plus tard dans la vie. Celle des pays occidentaux touche des enfants dès leur premier âge. Sauve qui peut nos pauvres estomacs qui ne comprennent rien au progrès. Nos portes-monnaies, eux, se retrouvent amaigris par des dépenses poussées par une réclame sans cesse clamant des nouveautés culinaires. Monstres marketing. Reprenons nos valeurs de table - simples et accessibles - celles qui nous donnaient du bonheur et non de la frustration. Ouine raki ya douara, el felfel, el batata à toutes les sauces ? Dans nos assiettes un oeuf dur mayonnaise chichement décoré pour tromper le palais et s'installer dans le royaume de nos habitudes alimentaires. Soldats, garde fous... heu enzime garde-à-vous.
L'orchestre des ustensiles de cuisine a démarré très tôt dans la cuisine. La veille, sa femme a noté la recette présentée à la télé. A même essayé de prendre en photo numérique depuis son poste de TV, le résultat final. Elle a aussitôt déclaré à son mari : c'est ça que tu vas manger demain inchallah. Il en a marre de toutes ses nouveautés. De nouveaux goûts à la mode, lui explique son épouse. Lui, il ne comprend rien à cette mode. Il voudrait retrouver les vrais plats d'antan. L'odeur. Le goût vrai des plats de son enfance. Les gâteaux exhibent des couleurs pastel de colorants industriels. L'autre jour, il a même vu chez le pâtissier des gâteaux couleurs argent ou or. Avec des paillettes. Il s'est dit que jamais il n'oserait les porter à sa bouche. Il aurait l'impression de manger un bout de la robe de cérémonie de sa femme. Ecoeurant. Beurk ! Oine raki ya mma ?. Aujourd'hui, grâce à toutes les facilités offertes à nos femmes, celles-ci se paient le luxe de garder des mains fines et gracieuses. Douces. Qui s'en plaindraient ? Que nos femmes s'usent moins à la tâche, c'est plutôt une avancée sociale notable. C'est le reste qui préoccupe. En effet, les plats préparés font de plus en plus leur apparition chez nous. Distancés par des fast-foods qui se répandent tels des champignons. On connaît le résultat de toutes ces facilités alimentaires dans d'autres pays. L'obésité. Notre cuisine traditionnelle en fabriquait aussi. Mais elle était plus seine et ne démarrait que plus tard dans la vie. Celle des pays occidentaux touche des enfants dès leur premier âge. Sauve qui peut nos pauvres estomacs qui ne comprennent rien au progrès. Nos portes-monnaies, eux, se retrouvent amaigris par des dépenses poussées par une réclame sans cesse clamant des nouveautés culinaires. Monstres marketing. Reprenons nos valeurs de table - simples et accessibles - celles qui nous donnaient du bonheur et non de la frustration. Ouine raki ya douara, el felfel, el batata à toutes les sauces ? Dans nos assiettes un oeuf dur mayonnaise chichement décoré pour tromper le palais et s'installer dans le royaume de nos habitudes alimentaires. Soldats, garde fous... heu enzime garde-à-vous.

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
Lik et liya
Pourquoi pas ? Il arrive avec un brassard de fortune autour du bras. Une matraque. Il lorgne une parcelle de trottoir et le voilà gardien de voitures. Comme il ne peut pas travailler 24 sur 24, il fait appel aux cousins et voisins pour la relève. C'est sa partie de l'Algérie qu'il revendique. Fi dik el houma il devient le coq, il ne travaille plus. Après quelques mois, c'est lui qui régule le stationnement dans tout le quartier. Tu as intérêt à être en bons termes avec lui,
si tu veux pouvoir stationner devant ta boutique pour charger ou décharger une marchandise. Par la force du temps, c'est lui et ses sbires qui font la loi. Pourquoi pas ?
Il prend sa femme, son gosse, il grimpe l'escalier de l'immeuble ; une fois arrivé à la terrasse, il s'installe dans la «buanderie», change les serrures de la terrasse et jure de faire sauter une bouteille de butane si on venait le chasser de sa partie de l'Algérie patrie pétrie pour tous. Pourquoi pas ? Aujourd'hui il a un compteur électrique en son nom, donc une quittance Sonelgaz, donc une carte de résidence, donc une propriété. Et pourquoi pas ?
Il est appelé par le cousin du douar. Il se débrouille quelques tôles et, bel mtol, il construit son gîte. Barraka devant la barraka du cousin qui fait appel aux autres cousins et c'est le bidonville qui s'installe au pied de la ville. Dalma fi dalma, c'est l'insécurité, il faut donc leur installer l'électricité dans leur partie de l'Algérie. Ils seront incha' Allah relogés dans une autre partie de leur Algérie sociale. Pourquoi pas ? Pourquoi pas quand on sait que des villas, des châteaux ont été vendus au dinar symbolique. Pourquoi pas quand des salariés d'une boîte qui a coulé veulent avoir des actions dans l'entreprise qu'ils ont coulée au moment où celle-ci va être vendue à un privé. Pourquoi pas, ya khouya, on est tous actionnaires et on revendique tous notre partie de l'Algérie. Netgasmou. Même sans justificatif, nos parents à nous étaient aussi moudjahidine. On refuse de demeurer «mouchahidine».
Pourquoi pas ? Il arrive avec un brassard de fortune autour du bras. Une matraque. Il lorgne une parcelle de trottoir et le voilà gardien de voitures. Comme il ne peut pas travailler 24 sur 24, il fait appel aux cousins et voisins pour la relève. C'est sa partie de l'Algérie qu'il revendique. Fi dik el houma il devient le coq, il ne travaille plus. Après quelques mois, c'est lui qui régule le stationnement dans tout le quartier. Tu as intérêt à être en bons termes avec lui,
si tu veux pouvoir stationner devant ta boutique pour charger ou décharger une marchandise. Par la force du temps, c'est lui et ses sbires qui font la loi. Pourquoi pas ?
Il prend sa femme, son gosse, il grimpe l'escalier de l'immeuble ; une fois arrivé à la terrasse, il s'installe dans la «buanderie», change les serrures de la terrasse et jure de faire sauter une bouteille de butane si on venait le chasser de sa partie de l'Algérie patrie pétrie pour tous. Pourquoi pas ? Aujourd'hui il a un compteur électrique en son nom, donc une quittance Sonelgaz, donc une carte de résidence, donc une propriété. Et pourquoi pas ?
Il est appelé par le cousin du douar. Il se débrouille quelques tôles et, bel mtol, il construit son gîte. Barraka devant la barraka du cousin qui fait appel aux autres cousins et c'est le bidonville qui s'installe au pied de la ville. Dalma fi dalma, c'est l'insécurité, il faut donc leur installer l'électricité dans leur partie de l'Algérie. Ils seront incha' Allah relogés dans une autre partie de leur Algérie sociale. Pourquoi pas ? Pourquoi pas quand on sait que des villas, des châteaux ont été vendus au dinar symbolique. Pourquoi pas quand des salariés d'une boîte qui a coulé veulent avoir des actions dans l'entreprise qu'ils ont coulée au moment où celle-ci va être vendue à un privé. Pourquoi pas, ya khouya, on est tous actionnaires et on revendique tous notre partie de l'Algérie. Netgasmou. Même sans justificatif, nos parents à nous étaient aussi moudjahidine. On refuse de demeurer «mouchahidine».

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
Poil dans l'œil
A ce beau-fils qui pleurait la mort de sa belle-mère plus que ses propres enfants, quelqu'un demanda les raisons de cette exagération. «Mais je pleure de peur qu'elle ne revienne !», dit-il. Ainsi donc, on ne pleure pas tous de la même façon, ni pour les mêmes raisons. Et lorsque les larmes coulent sur les joues, cela peut être de joie, de tristesse, de dépression ou... parce qu'on a un poil dans l'œil.
Dans la vie de tous les jours aussi, on pleure comme on peut et, à la limite, comme on veut. Lorsqu'on est obligé de changer de trottoir pour que nos gosses ne voient pas les bananes et les pommes, lorsqu'on n'a pas d'autre solution que de mendier des prêts minables pour acheter un sachet de lait pour cinq gosses, ou quand on ne peut que se retourner dans un lit qui ressemble, chaque jour un peu plus, à une tombe, il n'est nul besoin de faire appel aux ophtalmologistes ou aux ophtalmologues pour chercher un poil dans l'œil. Il n'y en a point ! Mais lorsqu'on pleure lors des funérailles du voisin de l'ami de la cousine du chauffeur de Monsieur, alors là, il n'est plus question d'un seul mais d'une touffe de poils dans les yeux.
El Guellil ne sait pas mentir car, n'en déplaise à Monsieur, lorsqu'on attend devant une épicerie plus d'un quart d'heure avant d'oser entrer mendier un litre d'huile pour des enfants qui, jure-t-on en éclatant en sanglots, ne se sont rien mis sous la dent depuis deux jours, il est fort déplacé de vouloir chercher quelque cheveu dans les yeux. Certes, le nombre des mendiants s'est accru ces derniers temps, mais est-ce pour autant que l'on est obligé de se promener avec un détecteur de mensonge ou avec un huissier pour faire mendier tout ce beau monde sous serment ? La vie, c'est bien beau lorsqu'on n'a pas de soucis à se faire... mais c'est encore plus beau lorsqu'on n'a pas de soucis à causer aux autres.
Alors si on a un sou (ci) à donner qu'on le donne en silence, c'est-à-dire sans commentaire, sinon que chacun garde sa monnaie et ses réflexions. Et s'il y a des poils à chercher, tout laisse croire que c'est dans les yeux de ceux qui, au départ d'un «Si flen», se mettent à déverser des fleuves de larmes non salées.
Tout compte fait, El Guellil ne sait pas pleurer, non plus. Et si, par hasard, cela lui arrive, c'est parce qu'il a, tout simplement, la poussière de la vie dans l'œil.
A ce beau-fils qui pleurait la mort de sa belle-mère plus que ses propres enfants, quelqu'un demanda les raisons de cette exagération. «Mais je pleure de peur qu'elle ne revienne !», dit-il. Ainsi donc, on ne pleure pas tous de la même façon, ni pour les mêmes raisons. Et lorsque les larmes coulent sur les joues, cela peut être de joie, de tristesse, de dépression ou... parce qu'on a un poil dans l'œil.
Dans la vie de tous les jours aussi, on pleure comme on peut et, à la limite, comme on veut. Lorsqu'on est obligé de changer de trottoir pour que nos gosses ne voient pas les bananes et les pommes, lorsqu'on n'a pas d'autre solution que de mendier des prêts minables pour acheter un sachet de lait pour cinq gosses, ou quand on ne peut que se retourner dans un lit qui ressemble, chaque jour un peu plus, à une tombe, il n'est nul besoin de faire appel aux ophtalmologistes ou aux ophtalmologues pour chercher un poil dans l'œil. Il n'y en a point ! Mais lorsqu'on pleure lors des funérailles du voisin de l'ami de la cousine du chauffeur de Monsieur, alors là, il n'est plus question d'un seul mais d'une touffe de poils dans les yeux.
El Guellil ne sait pas mentir car, n'en déplaise à Monsieur, lorsqu'on attend devant une épicerie plus d'un quart d'heure avant d'oser entrer mendier un litre d'huile pour des enfants qui, jure-t-on en éclatant en sanglots, ne se sont rien mis sous la dent depuis deux jours, il est fort déplacé de vouloir chercher quelque cheveu dans les yeux. Certes, le nombre des mendiants s'est accru ces derniers temps, mais est-ce pour autant que l'on est obligé de se promener avec un détecteur de mensonge ou avec un huissier pour faire mendier tout ce beau monde sous serment ? La vie, c'est bien beau lorsqu'on n'a pas de soucis à se faire... mais c'est encore plus beau lorsqu'on n'a pas de soucis à causer aux autres.
Alors si on a un sou (ci) à donner qu'on le donne en silence, c'est-à-dire sans commentaire, sinon que chacun garde sa monnaie et ses réflexions. Et s'il y a des poils à chercher, tout laisse croire que c'est dans les yeux de ceux qui, au départ d'un «Si flen», se mettent à déverser des fleuves de larmes non salées.
Tout compte fait, El Guellil ne sait pas pleurer, non plus. Et si, par hasard, cela lui arrive, c'est parce qu'il a, tout simplement, la poussière de la vie dans l'œil.
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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
J'ai presque tout lu. Merci, je prends du plaisir en lisant ces textes.
De ce fait, tu as droit à un point .
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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
Fréquentation
«Qui connaît la définition du mot hypocrite ?», dit l'instituteur à ses élèves. Tout le monde se tait. Un enfant lève le doigt: «moi monsieur, moi monsieur», «c'est un élève qui vient avec le sourire en classe»! C'est connu comme définition. Mais que dire quand l'instituteur adapte la réponse à sa réalité pour avancer: «l'hypocrite, c'est un enseignant capable d'affirmer qu'il vient dispenser des cours avec plaisir aux enfants».
Chkoune kane igoul qu'on en arriverait là ? Le maître est devenu un plus que «Oualou», El-Ousted, un moins que rien, de quoi faire rougir les poètes qui firent le panégyrique de l'enseignant. Tenez-vous bien ! Il lui est demandé de véhiculer sa science à l'enfant, de servir d'assistante sociale, et devant toute la violence qui éclate dans la société, il se voit contraint de faire même le policier en classe. Des couteaux, des chaînes de bicyclettes, des bouts de fer dans des cartables, des lames de rasoir enfouies entre deux couches de gomme, des «diableries» imaginables que seuls des enfants peuvent découvrir: c'est tout cela sa quotidienneté.
Des parents démissionnaires, trop pris, convoqués à l'occasion, lèvent les mains au ciel comme braqués par la délinquance, pour signifier leur défaite. Ils rougissent à la place de leur garnement, désarmant ainsi le directeur et l'instituteur: c'est un cas de figure. Souvent aussi, des pères commettent l'impair de tout mettre sur le «maître»: «le jour, disent-ils, où l'enfant aura face à lui un moualim irréprochable, il le prendra comme exemple». Et se retournant vers sa progéniture, il se mettra à débiter le lexique et le vocabulaire qui, quotidiennement, l'aide à éduquer son enfant.
Du blasphème à la vulgarité, il ne fait pas de transition. A bout de nerfs, il sortira un couteau à cran d'arrêt: «si la prochaine fois je suis convoqué à cause de toi, negsemlek el guerjouma».
- «Il ne récidivera sûrement pas, tente de calmer le directeur: c'est juste un problème de mauvaise fréquentation». Dehors, à fond les décibels «Milouda ouine kounti, goulili mine jebti loulid», était bêlé par un des représentants de ce qu'on veut être notre culture à l'étranger.
«Qui connaît la définition du mot hypocrite ?», dit l'instituteur à ses élèves. Tout le monde se tait. Un enfant lève le doigt: «moi monsieur, moi monsieur», «c'est un élève qui vient avec le sourire en classe»! C'est connu comme définition. Mais que dire quand l'instituteur adapte la réponse à sa réalité pour avancer: «l'hypocrite, c'est un enseignant capable d'affirmer qu'il vient dispenser des cours avec plaisir aux enfants».
Chkoune kane igoul qu'on en arriverait là ? Le maître est devenu un plus que «Oualou», El-Ousted, un moins que rien, de quoi faire rougir les poètes qui firent le panégyrique de l'enseignant. Tenez-vous bien ! Il lui est demandé de véhiculer sa science à l'enfant, de servir d'assistante sociale, et devant toute la violence qui éclate dans la société, il se voit contraint de faire même le policier en classe. Des couteaux, des chaînes de bicyclettes, des bouts de fer dans des cartables, des lames de rasoir enfouies entre deux couches de gomme, des «diableries» imaginables que seuls des enfants peuvent découvrir: c'est tout cela sa quotidienneté.
Des parents démissionnaires, trop pris, convoqués à l'occasion, lèvent les mains au ciel comme braqués par la délinquance, pour signifier leur défaite. Ils rougissent à la place de leur garnement, désarmant ainsi le directeur et l'instituteur: c'est un cas de figure. Souvent aussi, des pères commettent l'impair de tout mettre sur le «maître»: «le jour, disent-ils, où l'enfant aura face à lui un moualim irréprochable, il le prendra comme exemple». Et se retournant vers sa progéniture, il se mettra à débiter le lexique et le vocabulaire qui, quotidiennement, l'aide à éduquer son enfant.
Du blasphème à la vulgarité, il ne fait pas de transition. A bout de nerfs, il sortira un couteau à cran d'arrêt: «si la prochaine fois je suis convoqué à cause de toi, negsemlek el guerjouma».
- «Il ne récidivera sûrement pas, tente de calmer le directeur: c'est juste un problème de mauvaise fréquentation». Dehors, à fond les décibels «Milouda ouine kounti, goulili mine jebti loulid», était bêlé par un des représentants de ce qu'on veut être notre culture à l'étranger.
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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
je vous applaudis séraphin pour le choix de ces texte. il éclairent vraiment des point sensibles de notre vie et de notre soiété
je vous remercie mon ami pour cela
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sergio-portio- Explorateur

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran
Deux visions
Ils cherchent à rouler avec la plus belle voiture, mais pour nous, ce qui compte c'est le nombre de personnes que nous accompagnons, en cas d'urgence dans nos voitures. Pendant qu'ils font toutes les boutiques pour trouver la dernière chedda, la dernière griffa qu'ils mettront pour frimer, nous démarchons toutes les associations pour proposer notre aide. Ce qui compte pour eux, c'est d'avoir un poste important, devenir charika gadra dans notre société. Pour nous, c'est ce qu'on peut faire de notre travail qui compte. Ils cherchent à représenter notre quartier, pendant que nous cherchons à être les meilleurs avec nos voisins. Ils sont connectés avec tout le monde extérieur, collés qu'ils aiment être à leur écran, pendant que nous parlons avec le voisin de palier qui n'arrive pas à joindre les deux bouts. Ils cherchent à avoir le plus beau mari, la plus belle femme, pendant que nous cherchons à être le meilleur mari ou la meilleure femme. Ils se vantent de leurs propres réussites, pendant que nous félicitons et encourageons les autres. Ils cherchent à avoir les plus grandes maisons, les mieux décorées avec le plus de dalles possibles pendant que nous cherchons à trouver une solution pour ceux qui n'ont pas de toit. Ils se plaignent, pendant que nous remercions, toujours. Il faut qu'ils soient à la mode, il faut qu'on soit cultivés. Ils s'intéressent à la nouvelle star et la mort de Michael Jackson les bouleverse parce qu'il faut qu'ils paraissent à la page. Nous lisons des pages et des pages de livres parce qu'il faut qu'on soit sages. Il faut qu'ils soient beaux, nous voulons être bons. Il faut qu'ils ramassent de l'argent, il faut qu'on amasse des bonnes actions. Ils veulent peser sur l'opinion, nous respectons toutes les opinions quand la nôtre est respectée. Il faut qu'on se presse, disent-ils. Soyons patient, est notre devise. L'essentiel pour eux est de se faire aimer, pendant que nous cherchons à aimer. Mais va expliquer tout ça à ton enfant.
Ils cherchent à rouler avec la plus belle voiture, mais pour nous, ce qui compte c'est le nombre de personnes que nous accompagnons, en cas d'urgence dans nos voitures. Pendant qu'ils font toutes les boutiques pour trouver la dernière chedda, la dernière griffa qu'ils mettront pour frimer, nous démarchons toutes les associations pour proposer notre aide. Ce qui compte pour eux, c'est d'avoir un poste important, devenir charika gadra dans notre société. Pour nous, c'est ce qu'on peut faire de notre travail qui compte. Ils cherchent à représenter notre quartier, pendant que nous cherchons à être les meilleurs avec nos voisins. Ils sont connectés avec tout le monde extérieur, collés qu'ils aiment être à leur écran, pendant que nous parlons avec le voisin de palier qui n'arrive pas à joindre les deux bouts. Ils cherchent à avoir le plus beau mari, la plus belle femme, pendant que nous cherchons à être le meilleur mari ou la meilleure femme. Ils se vantent de leurs propres réussites, pendant que nous félicitons et encourageons les autres. Ils cherchent à avoir les plus grandes maisons, les mieux décorées avec le plus de dalles possibles pendant que nous cherchons à trouver une solution pour ceux qui n'ont pas de toit. Ils se plaignent, pendant que nous remercions, toujours. Il faut qu'ils soient à la mode, il faut qu'on soit cultivés. Ils s'intéressent à la nouvelle star et la mort de Michael Jackson les bouleverse parce qu'il faut qu'ils paraissent à la page. Nous lisons des pages et des pages de livres parce qu'il faut qu'on soit sages. Il faut qu'ils soient beaux, nous voulons être bons. Il faut qu'ils ramassent de l'argent, il faut qu'on amasse des bonnes actions. Ils veulent peser sur l'opinion, nous respectons toutes les opinions quand la nôtre est respectée. Il faut qu'on se presse, disent-ils. Soyons patient, est notre devise. L'essentiel pour eux est de se faire aimer, pendant que nous cherchons à aimer. Mais va expliquer tout ça à ton enfant.
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