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Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

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Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 12:42

Maquillage
Publié le: 21/11/2007
Son premier défrisage, elle l'a appliqué très jeune quand elle a découvert la rubrique « Soins » dans un
magazine oriental. Elle a décidé de masquer ses «frisés» avant de prendre le chemin du studio... du
photographe. Ses mèches rotbine faisaient bien sur la photo envoyée. Depuis, les babylis, bigoudis, séchoirs,
huiles, baumes, sérums et tous les produits capillaires n'ont plus de secrets pour elle. Mais à force de Wella,
ses cheveux défrisés frisent le walou. Heureusement les postiches sont là . Et puis les tresses africaines, ça fait
tendance. Retour donc aux origines.Pendant toutes les années qu'elle était occupée à se torturer les tifs, ya
latif, elle n'a pas vu le temps passer. C'est son ami d'enfance, le miroir qui, fidèle, lui renvoie sans mentir
l'image de ses premières rides. Depuis les confidences de la mraya, elle n'est plus ghaya. Bonjour les crèmes
de jour, tous les jours. Crème de nuit avec tout ce qui s'ensuit. Argile pour visage fragile. Masque qui ferait
trembler Zorro... « Zorroni kouli simana marra», semblait lui dire l'esthéticienne... la sienne et celle de toute la
high society...Premières caries. Premiers plombages. Premières extractions. Attention au « chourire ».
Première prothèse. Ch'est pas le moment de lâcher. Mordre la vie à pleines dents, c'est raté ! Mordre la vie à
« plein dentier » voilà che qui lui restait. Du coup l'esthéticienne devient echthétichienne. Ce n'est plus des
choins qu'il fallait mais un ravalement de façade. C'est qu'il y avait du boulot sur le chantier. L'argent de
quelques bijoux bradés ajouté à ses économies la conduisent vers un pays voisin pour un lifting, marché de
gré à gré... Le défrichage après le défrisage...Sa jeunesse retrouvée, elle décide de se payer un regard clair.
Avec son teint bronzé, des yeux pistache feraient merveille...- Bonjour monsieur, je voudrais des lentilles
vertes...C'est ainsi qu'elle se présente chez le photographe. C'est cette photo que notre fermlia a fourni pour les
affiches du vote sous laquelle on lira « flana cadre de la Santé, autodidacte ». Elle veut mentir à qui ? Ils
veulent mentir à qui tous ces têtes de... listes ?

p.s
j'aime beaucoup ce qu'il écrit


Dernière édition par séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 13:11, édité 1 fois

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 12:46

Au sein de la vie
06/05/2009
Trop, c'est trop, ce que le monde peut user de salive pour des choses sans grand intérêt ou, du moins, dont l'intérêt n'est pas immédiat. Scotché dans mon lit, par une grippe, impossible me fut-il d'éviter les débats, commentaires, supputations, hypothèses, colères, compréhensions attendries... Le summum, le «sot-mum» concentré, naturellement, les «spécialistes» en tout, hurlant plus que débattant, ne respectant même pas les règles les plus simples de la courtoisie dans une parodie de joute politique où celui qui parle le plus fort l'emporte...

Chacun commençait ses phrases par le redondant et fort disgracieux «Moi-je» destiné là encore vraisemblablement, inconsciemment, à pallier la futilité naturelle et l'intérêt des mots qui allaient suivre. Toutes ces acrobaties verbales tournaient autour de la déclaration d'un professeur président de la Société d'oncologie médicale qui disait que « faute de moyens matériels, les rendez-vous pour les traitements de radiologie pour les cancers du sein sont suspendus jusqu'en 2010 et les autres traitements thérapeutiques (chimio,...) sont arrêtés depuis neuf mois faute de médicaments. Les hôpitaux étant en rupture de stock.»

En 2008, le service du professeur Kamel Benbouzid a commandé 16.000 doses mais il en reçu que 4.000 doses, soit le quart. Il s'agit, comme il le précise, de médicaments qui coûtent cher et qui ne sont pas produits en Algérie. Les centres régionaux qui ont été réalisés ne sont pas entièrement fonctionnels parce qu'ils ne disposent pas de tout le personnel nécessaire ni de radiothérapie. Quelle solution ? Laisser mourir les patients ou les maintenir en vie artificielle, juste le temps d'assister au festival panafricain ? ou transférer le budget alloué à ce méga-événement vers la santé pour équiper et/ou rénover les équipements de radiothérapie de l'ensemble des hôpitaux ?Ainsi on pourra attribuer le «fennec d'or» à nos responsables.

p.s
il n'est pas content aujourd'huis, mais de cause.

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 12:50

C'est parti, tu pars

Tu arrives à la vie en pleurant. Tu commences alors à parler et tu ne dis rien. Le silence est d'or.

Avant tu pleurais, criais, mangeais, dormais et... dans tes couches. Maintenant, tu commences à te construire. Dans ta tête. Tu commences à parler. «Mama». Non matgoulch mama, goul oumi.

«Papa». Non c'est abi qu'il faut dire. Plus tard, tu apprendras le mensonge, celui qui dégoûte, celui qui amuse, celui qui tue ou celui qui sauve.

Puis tu as commencé à ramper, à filer dans tous les sens, à te ruiner sur la zarbia, qu'en juste retour tu abreuvais de pipis. A force de regarder les grands courir autour de toi, et poussé par l'humaine volonté d'aller plus loin, tu t'es mis debout. Da... dache... khatoua après khatoua. Tu voulais toujours aller plus loin, comme un scientifique, tu as essayé différentes hypothèses ; mais bon, toi t'as jamais tué personne. En ratant tes expériences, tu finissais sur le nez. C'est un premier bobo, kioualou. Tu te relèves, bonjour les casseroles, verres et tout ce qui est à ta portée. Même les prises électriques. Tu iras loin.

El coulije déjà ! On t'apprend à être un mouton... Ecoute, tais-toi, réponds pas et sois sage. Vends-toi, vends les autres mais sois honnête. Apprends la vie. Apprends les jeux, les coups, l'histoire et l'anatomie de ta petite voisine. Fais ta loi, soumets-toi à celle des autres, surtout change rien à la Loi. Sois interchangeable, flou, remplaçable. Cache tes émotions, deviens un lion. Aimez-vous les uns les autres... Rebelle-toi, comme ton père qui a, depuis, tout compris. Compris qu'y a rien à comprendre.

La fac, possible. La liberté. Ou autres études qui mènent au boulot ou au chômage. Epoux possible. Père, ila rabbi ketteb. Des enfants, des soucis. Tu ne changeras rien dans l'univers. Dans une seconde, que dure la vie, tout ce que tu auras fait sera nul. Amas complexe de muscles, de nerfs, d'envies, de liquides, de vitesse, de désirs, de gestes. Tu cours, tu boîtes, tu rampes, tu bouges plus. Tu pars, ce sont les autres qui pleurent.

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 12:54

La ligne

L'été arrive avec son lot de cérémonies familiales, de plages, de sorties, de rencontres... La période où l'on vit plus à l'extérieur qu'à l'intérieur, le temps où l'on s'expose de fait. Réveillons nos lignes. Les chachra courent à leur musculation. Les chirett, elles, se doivent de rogner les rondeurs. Faire attention à la bouffe. Si en hiver, tout ce qui entre fait ventre, en été, tout ce qui fait ventre ne doit pas encombrer le maillot.

Oui mais, comment expliquer à l'estomac de se faire discret ? Lui qui nous a accompagnés durant tout ces mois où nous étions retranchés à la maison...

« - Ecoute, yal masrane, si tu continues à me solliciter autant, je risque de t'en vouloir énormément. Je risque de te mépriser et de te rendre responsable de mon malheur. Il suffira que tu te fasses oublier une période. T'en fais pas, à la prochaine envie, je t'appellerai. Tu pourras me servir autant que tu voudras. Ce ne sera pas de ta faute à cet instant. A travers moi, on te manque de respect. On dit que tu es sans limite. Que tu avales n'importe quoi. Allons, tu comprends qu'il est temps de montrer que tu peux te passer de moi également».

Il a compris, l'estomac, qu'il n'avait pas d'autre choix que de faire partie du comité de soutien. Ce n'est pas grave, pense-t-il. Avec tout ce que j'ai emmagasiné ces derniers mois, le régime d'été n'est pas près de me supprimer aussi rapidement. On fera comme d'habitude. On laissera croire que la diète est présente pour ressurgir le moment opportun. Sournoisement mais fermement. Allons, faites du régime, les estomacs au placard vous surveillent.

Ce billet paraît décalé fi bladna. Le guellil qui le lira a un autre rapport avec l'estomac. Car son souci, c'est manger. Manger pour tromper la faim. Se nourrir, c'est une autre paire de manches.

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 12:55

Bezoins nouveaux

Il court, il court. L'homme. Après toutes ces nouveautés technologiques qui ont fait évoluer nos appareils préférés. Fini le téléviseur bombé qui faisait rêver l'enfant. On avait l'impression que c'était une boîte où on pouvait certainement entrer et participer aux divertissements. Une caisse qui résonnait de fantaisie. Fini. Début de la télévision LCD HD. L'image parfaite. Sans contour. Sans relief. Plate. Sans secret. Sans rêve. C'est comme le téléphone. Quand on l'avait en main. Il avait son poids. On ne pouvait pas le trimbaler partout. Il avait sa place et surtout il restait à sa place. Maintenant, on a inventé le I-phone. Facile à utiliser. Connexion à tous les services. 24H/24. On l'utilise de manière automatique presque sans le vouloir. C'est vrai, avant de passer un coup de fil, on se préparait à le faire. Souvent, il fallait se rendre à la poste pour contacter un interlocuteur. Téléphoner était un acte volontaire. Aujourd'hui, avec l'éventail des forfaits et autres facilités de crédit, cartes rechargeables, minutes offertes, paraboles mondiales de relais instantanés... etc. Téléphoner, envoyer un sms devient presque un acte social quotidien. Si on l'oublie, on est rapidement mal jugé par ses amis qui vous reprochent d'être distant. En effet, un SMS - y a pas plus simple. On autorise même les fautes d'orthographe, pourvu qu'on en envoie. Tous ces progrès ont tous le même objectif, faciliter et améliorer l'utilisation des outils domestiques. Ils existent pour nous combler paraît-il. Satisfait on l'est. C'est vrai. Mais à cause d'eux, on recherche le ravissement. Car, à la course au développement des techniques, nos besoins - sentiments étranges et difficiles à expliquer - sont eux aussi en pleine mutation. Dérèglement social assuré. On ne sait plus ce qu'on veut car la science et ses possibilités nous échappent totalement. On nous sert des envies avant même leur apprentissage. C'est pourquoi on n'a pas fini de courir. On n'a pas fini d'être rattrapés. On se rattrape, on développe au même rythme que la technologie, le mensonge.

- Allo je n'entends rien. Il n'y a sûrement pas de champ... avons-nous appris à chanter...

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 13:04

Repos
02/05/2009
Debout, c'est la Fête du travail. Comme chaque année, c'est la journée du repos. On prend le chemin de l'école buissonnière. Le réveil est bâillonné. Les chefs oubliés. Farniente se profile à l'horizon. En toute quiétude. C'est autorisé ce jour-là. Le patron, lui, est inquiet de cette journée chômée. Une perte sèche. Les salariés sont ravis de cette liberté annuelle. Certains, profondément engagés socialement, sont émus qu'une journée officielle leur soit dédiée pour leur contribution à la création des richesses. La reconnaissance de leur labeur. La possibilité de s'échapper à une journée supplémentaire de travail. Une liberté reconnaissante en sorte. En économie, le travail est un facteur de production. Il est fourni par des employés en échange d'un salaire. Le marché du travail est l'endroit où des actifs rentrent et sortent. Dans notre inconscient, le travail désigne l'effort. Le salaire. Parlons-en. Il est au centre du travail mais est tabou aussi bien pour le rémunéré que le rémunérant. Combien ça coûte vraiment le travail. Par rapport à quoi on juge qu'un travail vaut telle ou telle compensation ? Le marché, nous répond-on. Ce fameux marché. Il paraît que c'est la même logique que les coûts des fruits et légumes pratiqués par les marchands. Plus il y en a, moins on les vend chers. Donc, si on est nombreux à vouloir travailler du coup, les emplois pourraient manquer. Les places deviennent chères. C'est ça, il faut mettre au chômage un grand nombre d'entre nous pour garantir sa place. Tout cela devient compliqué. C'est pourquoi, nombreux sont ceux qui refusent cette course à la place. On n'y comprend pas grand-chose. Par contre, on sait qu'il n'y a pas de travail. Un travail, où l'effort n'aurait pas sa place, a du mal également à imposer le salarié sérieusement. Dans sa famille, dans son quartier, dans la société tout court. Comme si on devait absolument souffrir pour valoir en tant que travailleur. On a tous besoin de repos, mais faut-il avoir du travail...

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 13:08

Faux-semblants

quatorze ans, il avait déjà commencé à faire la différence entre une pelure, un pastoral et autres papiers nobles. Il n'était pas plus haut que deux pommes quand il a commencé à malmener sa pomme d'Adam pour chanter « Djazaïria », s'accompagnant du tempo de la « platine Heidelberg » dont les pinces synchronisaient le transport du papier à la manière d'une danseuse baladant gracieusement deux foulards. Djazaïria, c'était aussi la marque du paquet de cigarettes sans filtres qui l'a accompagné toute sa vie. Qui l'a accompagné jusqu'à la fin. La fin du tirage. La mise en paquet et la livraison. L'imprimeur est parti. Sous le marbre. Les caractères boudent leurs casses. Le composteur est triste. La pince typo orpheline de paire de doigts ne reconnaît plus les minuscules, tant sa douleur est capitale.

Oui, il est parti l'imprimeur. Sans crier gare. En silence. Car sa douleur, ses douleurs, il savait les cacher pour ne parler que des douleurs des autres. Ces autres qu'il aidait à surmonter les aléas de la vie. Avec rien. Si ! avec beaucoup de plaisanterie. Tous les mots qu'il prononçait se tordaient de rire avant même qu'ils arrivent à son auditoire. Le blagueur au bon cœur. Le fêtard tout sourire. Le généreux qui savait occuper son coin de livret de famille sans grand tapage. Discrètement, il est parti. Non sans convoquer tout le monde, comme pour leur faire une dernière farce. «Oh non pas toi, pas toi qui savais dire je ne sais pas. Qui ne savais pas dire «ma aandich». Toi qui faisais du travail une religion. Toi qui as croqué la vie, au point de la consumer plus rapidement. L'imprimeur de joie sur les visages est parti. Les presses feront une minute de silence et moi, toute une vie de bruit pour combattre l'hypocrisie de ceux qui font semblant.

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 13:10

«Le siminaire»

« Je suis absent demain, je suis fi un séminaire ». Le séminaire, un moment apprécié de certains qui voient là la possibilité de se détendre. Dans tous les sens du terme. Partir loin de chez eux pour un court séjour entre collègues. Malgré les messages des dirigeants, l'ambiance est souvent au rendez-vous. On mange et on discute. Oups... On échange plutôt. On s'affuble du meilleur visage, de la meilleure volonté. On a sa place. Tenu en laisse. Vocabulaire châtié. Reconnaissance sans borne. On fait partie du groupe. Groupe des leaders des cadres de l'entreprise. On se sent quelqu'un quand on raconte qu'on est allé dans un séminaire. Le problème c'est que souvent, on n'arrive pas à dire ce qu'on a appris exactement ou se qu'on a fait pendant tout ce temps passé ensemble. Maalich. L'essentiel, c'est d'avoir été invité. En effet, le séminaire est un véritable baromètre. Si on est oublié dans la liste des participants, en général, ce n'est pas bon signe. C'est l'occasion de se faire valoir. On a l'opportunité d'approcher les boss. On s'arrange pour parler aux gens bien placés. On parade tels des paons en pleine saison des amours. Parfois ridicules. Souvent déterminés. On fonce. C'est le moment. D'autres ne sont pas aussi ambitieux. Ils viennent pour jouir d'un séjour « batal », gratis. Ils viennent presque comme en cure. Ils oublient les tracas de la maisonnée. Ils savent qu'ils auront la soupe à la grimace une fois de retour mais rien ne vaut ces instants de liberté. Durant lesquels, on vit autrement sans contraintes domestiques. « Ouine kount ? J'étais en séminaire koulchi binks ».

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 13:16

Des brouilles

La famille nombreuse habite au centre-ville. Ils auront de l'eau, un jour sur trois, à des heures précises. Dans les deux-pièces, cuisine et toilettes, ils ne peuvent installer un réservoir. Salut l'hygiène. Il n'y a pas de balcons. Seules les deux fenêtres qui donnent sur une cour leur permettent de voir la lumière du jour. Du soleil, il n'y en a point. Des moustiques, il y en a énormément. De l'espace, il n'y en a point. Des jerrycans, il y en a à profusion. Des salaires, il n'y en a point. Des enfants, il y en a beaucoup. Des ktef, il n'y en a point. Des machakil, il y en a beaucoup. L'aîné de cette famille rentre à six heures du matin. Il réveille le cadet pour la relève. C'est lui qui doit gérer la tabla doukhène, que l'aîné avait installée toute la nuit près de l'hôpital, et permettre à son grand frère d'occuper le lit la journée. Les enfants scolarisés dorment dans la cuisine. C'est pratique, car toute la journée ils sont dehors, soit à l'école, ou dans la rue. Deux d'entre eux travaillent à leurs heures perdues. Comme ils en ont beaucoup... Ils ont été recrutés pour leur belle voix aiguë. Tous les jours après les heures de classe, ils confient leur cartable à un camarade de classe, qui les ramène à la maison, et courent grimper dans le fourgon. Ils arrivent éreintés, leur voix éteinte d'avoir hurlé «les batata» pendant des heures. Leurs parents n'osent même pas leur demander de réviser ou faire leurs devoirs de classe. Les dinars qu'ils gagnent en trimant, leur sont payés en liquide. C'est eux qui approvisionnent la maisonnée en eau douce.

La jeune fille trime toute la journée avec sa maman, avant de monter chez les voisins, qui lui offrent un lit en échange de l'entretien d'une grand-mère handicapée. Le père, ou ce qui reste de cet ouvrier, dont l'entreprise a été fermée, n'arrive pas à trouver un boulot fixe. Les entreprises privées préfèrent recruter des célibataires. Hier, en passant près de leur immeuble, Otchimine a reconnu les voix des enfants crieurs de «ma hlou» chantant «Algérie... mon amour, Algérie, pour toujours».

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Re: Tranche de Vie par El-Guellil du Quotidien d'Oran

Message par Séraphin le Mer 6 Mai 2009 - 13:26

Les salades
La notion du temps chez les animaux, et chez nos congénères, n'est pas la même. Ainsi, chez les tortues, par exemple, une durée d'une année, terrestre, équivaut à quelques heures chez une autre espèce, l'homo sapiens par exemple, dont l'homme est le digne représentant de la race, ou chez les léporidés, communément appelés lapins ou lièvres. Chez ces derniers, on ne parle que de minutes et de secondes.

Pour illustrer ce phénomène scientifique, revenons à nos tortues. Dans une communauté de tortues, appelée «fast rabbits» (lapins rapides), une famille, voulant déjeuner, envoya son jeune rejeton au marché acheter un peu de laitue. Calculant le temps de l'aller et du retour, le père de famille estima que son fils, dénommé «Carapaçon», mettra trois années pour l'aller et trois autres années pour revenir du marché. Il s'organisa donc en conséquence et demanda à son épouse «Goumbria» - oui, c'est son nom - de dresser la table et de «prendre tout son temps». Enfin, c'est une façon de parler.

Six ans après, le fils prodigue revint de son marché l'air triomphant, un peu vieilli, mais tenant fièrement sous le bras, pardon sous la carapace, la fameuse laitue. Un peu défraîchie, mais néanmoins encore comestible. La table était dressée et n'attendait plus que la nourriture.

Mauvaise surprise ! Il n'y avait plus de sel, et manger de la salade sans sel reviendrait à mastiquer du carton, car c'est tout comme. On décida alors d'envoyer de nouveau le cher rejeton au marché pour ramener le fameux produit qui donnera du goût à leur salade (sans jeu de mots). Cependant, craignant que la laitue soit mangée sans lui, et sans sel, maâliche, Carapaçon décida de ne pas aller au marché, mais d'épier ses parents. Il se cacha alors dans un coin de la modeste demeure et attendit. En fait, il décida d'attendre le temps théorique qu'il devait mettre pour aller chercher le sel, c'est-à-dire six années. Chose dite chose faite. Les six années sont enfin écoulées. Carapaçon avait encore pris de l'âge. Il avait donné douze années de sa vie pour une laitue. Celle-ci n'était plus comestible, et n'a pas été mangée par les parents, mais par les vers.

Il décida alors de se montrer. «Mais où est le sel ?», tonna le père. «Mais où est le sel ?», renchérit la mère. «Je ne suis pas parti au marché», répondit Carapaçon, l'oeil scintillant de malice. «J'avais peur que vous ne mangiez la salade sans moi, j'avais trop faim !».

Comme quoi, quand le temps manque de sel, c'est de la salade !

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