Forum Algérie
Bienvenu sur le Forum de discussion des Jeunes Algériens, pensez à vous inscrire ça ne prendra que quelques secondes.
Passez un agréable moment en notre compagnie.

Chroniques de Selim M’SILI

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 9:39

Médecines

Si Boudjemaâ était profondément désolé de la tournure que prenait la discussion dans cette salle d’attente austère où étaient regroupées toutes les catégories d’âge. Formé à l’école cartésienne, il n’acceptait pas que les histoires de guérisons miraculeuses soient colportées ainsi, donnant à la jeunesse à l’écoute un mauvais exemple pour leur conduite future. Déjà que depuis quelques années, l’actualité fait état d’un retour en force des guérisseurs et des charlatans en tout genre...Si Boudjemaâ aurait voulu intervenir et dire à ces deux braves vieux qui avaient certes, beaucoup plus d’expérience que lui puisqu’ils avaient commencé leur vie active au temps du colonialisme, mais ils devaient avoir un niveau scolaire primaire, très primaire. Bien qu’ils paraissent bien conservés, les deux vieux qui lui faisaient face, devaient, comme lui, subir les effets néfastes de l’usure et du stress.
Si Boudjemaâ comprenait bien que si les nombreuses bavures médicales relevées ici et là, et que l’état du système de santé déplorable contribuent fortement au retour de l’obscurantisme, des charlatans et des remèdes de grand-mère, il ne s’attendait pas à une condamnation de la médecine moderne.
Si Boudjemaâ aurait voulu dire à ces braves gens qui avaient été des travailleurs manuels (l’état de leurs mains calleuses le montre) qu’il n’y a pas si longtemps, les guérisseurs, les charlatans étaient activement combattus par les autorités. Il aurait voulu leur mettre sous le nez les articles de journaux faisant effet de l’arrestation de ceux qui abusaient de la crédulité des pauvres gens. Il se souvient parfaitement de l’affaire de Boumedfaâ qui avait défrayé la chronique et occupé la une des journaux un court moment. C’était au temps où tous les médias tiraient à boulets rouges sur les délivreurs de talismans et autres charlatans en tout genre: parodies, sketches, chansonnettes, films, avaient uni leurs efforts pour que les gens se détournent d’un produit de l’ignorance. Mais hélas, la détérioration du système de santé, les bavures médicales joints à la montée d’un obscurantisme venu d’ailleurs avaient conduit à une régression déplorable. Certains charlatans ont pignon sur rue et entretiennent avec une nombreuse clientèle des rapports...très fructueux.
Si Boudjemaâ aurait voulu expliquer que si la médecine moderne n’était pas efficiente, les pays les plus industrialisés n’auraient pas, depuis les derniers siècles, investi leurs richesses dans la construction de facultés médicales, d’instituts de recherche, de laboratoires pharmaceutiques. Toutes ces infrastructures ont fait leur preuve et ont accompli des progrès considérables dans tous les domaines concernant la santé: la prévention comme la thérapeutique. Et chez eux, les charlatans exercent dans la clandestinité absolue. Les progrès de la médecine ont été tels que l’espérance de vie s’est considérablement allongée: chaque année, les Européens gagnent deux à trois mois de plus. Ils ont tellement amélioré leur système de santé que les médecins du tiers-monde émigrent en grand nombre pour y exercer leurs talents.
Les progrès dans le domaine de la chirurgie et dans les technologies médicales ont été tels que le moindre exploit est vu d’ici comme un miracle. Et puis, si la médecine basée sur la science n’était pas aussi efficace, les riches et les hommes politiques du tiers-monde n’iraient pas pousser leur dernier soupir dans les cliniques occidentales.

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 9:41

Mémoires

La mémoire a de ces caprices! Allez donc savoir pourquoi on se souvient de ceci et pas de cela! Allez donc comprendre pourquoi certains petits détails restent gravés profondément dans les circonvolutions de votre cortex alors que de grands événements se sont irrémédiablement évaporés. Tout a commencé lors d’une joute amicale pour savoir combien de référendums ont été organisés en Algérie entre 1958 et 1962. C’est que le père De Gaulle ne s’était pas privé de ce précieux outil que sa popularité auprès d’une opinion publique lassée d’une guerre, que les gouvernements précédents refusaient de reconnaître comme telle. Eh bien, vous n’allez pas croire! Je ne me souviens que des référendums de 1958 sur la Constitution et de juillet 1962 sur l’autodétermination.
En septembre 1958, les services de l’armée avaient placardé des affiches appelant à voter oui: c’était l’armée qui, ayant pris le pouvoir à Alger, le 13 mai, avait remis sur les rails le vieux général pour épargner à la France en guerre, une autre guerre civile. D’ailleurs, les hommes de gauche reprocheront toujours au démocrate général d’être revenu au pouvoir «dans les fourgons de l’armée». C’était la formule consacrée. Je me souviens bien de ce référendum, car devant moi, un affable adjudant du contingent, stationné dans notre village, avait apostrophé un passant: «Alors, monsieur Rabah, j’espère que vous viendrez voter dimanche. C’est le moment de vous exprimer.» Tout cela était dit sur un ton amical, car l’adjudant, ne s’occupant que de la logistique du camp, ne semblait pas appartenir à l’appareil répressif. Si Rabah, embarassé avait répondu, fermement: «Comment voulez-vous vous exprimer librement avec des mitraillettes dans le dos!» Je ne me souviens que de ce court dialogue.
Le passant s’était enveloppé dans son burnous pour signifier que le dialogue était clos et l’adjudant, décontenancé, lui jeta un sourire mi-figue mi-raisin. Par contre, toutes les autres péripéties m’étaient passées sous le nez. Ayant intégré le lycée comme potache, nous étions à l’abri de tout ce qui se passait en dehors: de vagues échos nous parvenaient.
Nous étions bien protégés dans notre cocon et la presse, dont nous nous méfions à l’époque, n’entrait pas au lycée. Quant au transistor, c’était de la science-fiction. Cependant, les élèves externes faisaient office de courroie de transmission. C’est ainsi qu’en 1962 furent organisées des manifestations de lycéens: après un meeting dans la cour du lycée, nous étions sortis en rangs, scandant «l’Algérie algérienne!» sous les yeux d’un proviseur alarmé par les conséquences d’un éventuel débordement. L’autre souvenir, plus poignant, fut un matin de mars, quand, alignés dans la cour pour rejoindre nos classes, nous vîmes deux élèves de classe de première se détacher et prendre la parole: «Nous demandons à nos frères, une minute de silence à la mémoire des intellectuels qui tombent sous les coups de l’OAS.» Nous apprenions ainsi que Mouloud Feraoun et ses collègues avaient été tués à Alger. Les élèves d’origine française rejoignirent les classes et nous, nous prolongeâmes notre protestation dans un solennel recueillement. Nous entrâmes en classe avec un quart d’heure de retard: ce qui nous valut l’accueil plus que glacial du professeur de français et de latin qui ne cachait pas ses sympathies pour l’ordre colonial.
Le jour même, à midi au réfectoire, une autre minute de silence précéda le déjeuner. «Les meneurs» furent convoqués chez le surveillant général et furent réprimandés verbalement. Dès lors, les études perdirent de leur importance dans la préoccupation des jeunes gens que nous étions. Nous devînmes plus attentifs à ce qui se passait à l’extérieur et nous vécûmes fébrilement les derniers moments de la guerre: des rumeurs d’attentats de l’OAS rendirent la cohabitation difficile et les élèves furent envoyés en vacances avec un mois d’avance. Il n’y eut pas de distribution de prix et tout le monde se sépara dans un désordre qui préfigurait un ordre nouveau.

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 9:43

Portrait

Ce n’est pas vraiment un ami: nous ne nageons pas dans les mêmes eaux. Si moi j’ai pris ma retraite, c’est pour souffler un tout petit peu, me retirer du tumulte, de l’émulation, des démarches. Par contre, mon ancien collègue Rachid est toujours très actif: bien qu’il ait été formé dans la même filière que moi, il ne s’est pas cantonné dans la spécialité où se complaisent les gens sans ambition. Je ne pourrais pas dire si Rachid est ambitieux, mais son dynamisme me pousse à le croire: alors que je me contente de regarder vivre les gens, lui, n’arrête pas d’avoir des projets. Et des projets, il en a toujours. Sa serviette, plate, en recèle abondamment: des scénarios, des synopsis, des ébauches d’histoires, drôles, un projet de bande dessinée...C’est peut-être cela qui le maintient toujours en forme: vu de dos, il a l’allure de ses vingt ans. Seuls les traits ravinés de son visage révèlent les décennies qui ont coulé. Il a une qualité première: il est compréhensif.
Il accepte que d’aucuns s’échinent pour «se réaliser» tandis que d’autres persistent dans leur contemplation. C’est la raison pour laquelle il ne s’étonne pas de me voir assis à une terrasse de café alors que lui est pris entre deux courses urgentes: trouver un agent de saisie sérieux pour lui taper son texte et contacter un producteur insaisissable. Cependant, il consent à bavarder avec moi, histoire de retrouver ensemble, l’ambiance des années 60 où nous attendions tout de la vie. Malgré les déceptions occasionnées par les comportements de certains collègues de promotion, Rachid n’est pas du tout du genre aigri, son activité l’empêche d’attraper cette maladie terrible des gens qui n’ont pas trouvé le port d’attache, le but de leur vie. C’est simple, Rachid c’est Sisyphe: avec ceci qu’il ne roule pas toujours la même pierre et qu’il garde toujours son humour en accomplissant sa damnation. Mieux que cela, il insuffle du courage à ceux qui n’osent pas entreprendre. C’est lui qui m’a donné l’idée de faire éditer mes chroniques: alors que je n’arrive pas moi-même à me faire une idée de la qualité de ces humeurs que j’ai jetées rapidement sur le papier, comme on se débarrasse d’un lourd fardeau encombrant, lui par contre apprécie mon style. «Je connais un éditeur qui se ferait un plaisir de publier tes chroniques. Arrête de jouer au modeste. J’aime tes textes. Ils sont simples, limpides et ils reflètent ta personnalité. J’aimerais bien avoir comme livre de chevet un recueil de chroniques. Tu sais, la chronique est un genre qui peut durer. Ce n’est pas un éditorial, mais un mouvement d’humeur en face d’un événement ou d’une situation donnée. L’auteur fixe sur le papier, comme un instantané: un moment d’histoire, un pic de tension dans une polémique, un rapprochement astucieux de deux périodes de l’histoire, une comparaison audacieuse entre deux personnalités, des souvenirs de jeunesse, ou un avis personnel sur un thème d’actualité à la lumière de quatre décennies d’histoire. Tu ne peux pas savoir le nombre de gens que tu peux inspirer: le fait de déterrer le nom d’un personnage ou d’un lieu oublié de tous...J’ai un ami éditeur, je vais lui en parler et tout ira bien...Mais ne crois pas que tu vas devenir riche...»
Là, Rachid a eu un sourire narquois: il sait bien de quoi il parle. Malgré ses multiples réalisations, il n’est pas devenu riche mais il est heureux.

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 10:13

Le printemps

Je connais beaucoup de gens qui se réfugient dans leur petit travail mal payé et qui préfèrent, à coups de gestes quotidiens, régler de petits problèmes, que d’affronter l’extérieur hostile, même s’il se pare, comme il le fait actuellement, des couleurs du printemps. Eh! oui! Le printemps est là, bien qu’on ait pu l’observer, il y a déjà quelques jours, dans les quelques espaces de la nature qui ont échappé au béton: des jeunes pousses commencent à orner les rameaux des frênes et des figuiers, et les petits moineaux se font plus audacieux sur les rebords de nos balcons. A la recherche de miettes de pain, ce sont eux qui réveillent dès l’aurore ceux qui restent sourds à l’appel du muezzin. Les quelques nuages qui se profilent à l’horizon n’inquiètent plus leur monde: bien que les gens n’aient pas encore changé de veste, le parapluie reste au vestiaire. Et le soleil, qui perce derrière djebel Bouzegza, laisse espérer une journée chaude.
Le printemps est là: comme pour le saluer, les cantonniers ont jeté sur la route qui sort de la cité poussiéreuse, une première couche de goudron, au désespoir des riverains qui craignent une déferlante de nuisances sonores.
Cela fait plus de vingt ans que le chantier est à l’étude et que le pont jeté au travers de la bretelle qui mène à l’autoroute attend son heure de gloire. Elle va bientôt arriver. Sûrement avant l’élection présidentielle. C’est du moins les paris que font les vieux retraités qui ne savent plus où s’asseoir: au soleil ou à l’ombre des acacias.
Il faut dire que l’amplitude thermique est appréciable selon qu’on soit exposé ou non aux rayons de l’astre du jour. Mais les paris sont ouverts sur la date d’inauguration de ces quelques centaines de mètres qui vont délivrer les automobilistes de l’enfer des embouteillages qui rendent l’accès à Fort-de-l’Eau ou à la cité, problématique.
Les travaux pour la réalisation du tramway durent déjà depuis plus de six mois, et les plus optimistes s’attendent à vivre encore trois mois supplémentaires dans le bruit des engins, des marteaux-piqueurs et surtout les désagréments d’une circulation chaotique.
Depuis six mois, la petite ville, jadis réputée par sa douceur de vivre, se meurt à petit feu: éventrée d’est en ouest d’une longue balafre qui rend difficile ou interdit simplement l’accès à certains magasins. Pourtant, les gens s’accrochent encore à leur raison de vivre: ici, on plante encore quelques arbres pour compenser les dizaines qui ont été exécutés pour les besoins de la cause. Là, des retraités aisés savourent sur la terrasse improvisée d’un petit café tapi dans une ruelle, un petit noir additionné de douceur printanière.
Le commerce se meurt à petit feu dans cette ruelle où les fuites d’eau essaient de combler les nombreux nids de poule: des promotions fracassantes sont affichées sur des vitrines que personne ne regarde, car les passants sont soit rares soit pressés, ou bien ils n’ont pas d’argent.
Cela sent la liquidation de stocks à plein nez. Peut-être que d’ici l’été, le «malheureux» propriétaire qui a eu la mauvaise idée d’ouvrir un magasin de prêt-à-porter au mauvais moment, va ouvrir une salle des fêtes. Car le printemps est là. Et après le printemps viendra l’été avec ses cortèges nuptiaux. Avec ou sans tramway.

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 10:15

Langues

On dit souvent que c’est l’environnement qui façonne les hommes et qu’il y est pour beaucoup dans leur manière de vivre et de concevoir les choses. Ce n’est peut-être pas faux quand on pense à la multitude des caractères physiques qui existent à la surface du globe. Et c’est encore plus vrai quand on considère les caractères, les us et coutumes et surtout la manière de s’exprimer. Il suffit, quelquefois, de passer une colline, de franchir un cours d’eau pour que l’accent change, quand ce n’est pas carrément la langue.
J’ai longtemps cru à l’histoire de Babel, de la tour et de la création des différentes langues. Il paraît que sur notre vieille Bonne Terre coexistent 8000 langues, et comme les individus, elles sont nées libres et égales en droits, mais, comme les individus, elles subissent le cours inexorable de l’Histoire: les langues, comme les nations qui les ont portées, naissent, s’épanouissent, se transforment en empruntant des mots à d’autres avant de péricliter. Une langue qui n’évolue pas devient vite une langue morte.
Il y a des langues conquérantes qui s’imposent aux peuples par la force des armes ou par la supériorité technologique, alors que d’autres sont abandonnées progressivement avant de s’éteindre. Les émigrés européens en Amérique ont fait disparaître quelques idiomes amérindiens en massacrant les tribus qui les parlaient.
Une langue qui disparaît, c’est une richesse de l’humanité qui s’en va, car la langue n’est pas seulement un outil de communication, c’est aussi l’âme de la culture d’un peuple, celle qui exprime le mieux, dans sa profondeur, sa personnalité.
«Je ne peux pleurer qu’en kabyle!» disait Jean Amrouche pour expliquer son attachement à la langue qu’il avait acquise avec le lait maternel. On donne la Papouasie-Nouvelle-Guinée comme le territoire qui possède le plus de langues (800), alors que dans le monde entier, 8000 langues idiomes se bousculent. 2000 sont en danger de mort, alors que d’autres connaissent un développement spectaculaire qui accompagne celui de leur production industrielle et de leur commerce. C’est le cas de la langue chinoise qui connaît un vif gain d’intérêt dans les universités européennes où elle est enseignée aux enfants des victimes de délocalisation.
L’anglais est, sans conteste, la langue qui est la plus utilisée sur tous les continents à cause des supports technologiques qui lui servent de vecteur. Le français, qui était considéré, dès le XVIIe siècle, comme la langue du raffinement et de la culture, connaît un déclin perceptible, malgré les efforts des institutions créées ici et là pour maintenir la langue de Molière. «La Dictée des Amériques» et «Questions pour un champion» sont deux émissions phares qui réunissent les amoureux de la langue française des cinq continents.
La dernière émission de Julien Lepers a donné lieu à un combat homérique entre des nations aussi diverses que le Madagascar, l’Italie, la Finlande, la Tunisie, l’Egypte, la Turquie et les Etats-Unis. Et c’est finalement le candidat tunisien qui a remporté le trophée final en entonnant la célèbre chanson de Tino Rossi: Petit papa Noël...Et il a, en bon patriote, dédié sa victoire à son pays dans une atmosphère d’euphorie où la politique était absente.

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 10:17

Histoires d’eau

Lors d’une interview télévisée, Danielle Mitterrand s’était fait la porte-parole des altermondialistes en proclamant haut et fort: «L’eau n’est pas une marchandise puisqu’elle est un don de la nature, un principe vital.» C’est d’ailleurs la position prise par le gouvernement canadien pour s’opposer aux pressions des multinationales américaines qui voulaient accaparer le marché de l’eau alors que le spectre du dérèglement climatique planait sur le marché.
Devant l’importance du problème, les nations organisées ont décidé de consacrer une journée pour ce précieux élément qui n’existe (jusqu’à preuve du contraire) sous sa forme liquide que sur notre petite boule bleue. D’ailleurs, elle existe en si grande quantité que les puristes s’étonnent que notre planète ne s’appelle point Mer mais Terre, puisque mers et océans en occupent les trois-quarts de sa superficie. Evidemment, ayant vécu dans un village où les sources et fontaines étaient nombreuses, je n’ai jamais accordé d’importance à l’eau: elle coulait à profusion depuis la nuit des temps. Elle était disponible tout le temps et pour tous. Il a fallu que je m’aventure une matinée dans la plaine pour connaître les rigueurs de la soif et reconnaître l’importance de ce liquide vital. Et c’est là que j’ai compris que les hommes ne s’assemblent qu’autour des points d’eau et qu’ils s’organisent comme ils peuvent pour bénéficier de cette précieuse et indispensable ressource. D’ailleurs, les premières civilisations humaines n’ont-elles pas vu le jour le long des fleuves ou autour des lacs.
Les animaux de toutes espèces ne se retrouvent-ils pas autour des points d’eau pour étancher leur soif? C‘est d’ailleurs le lieu géométrique où s’embusquent les grands prédateurs pour chasser des proies tenaillées par la soif. Et dans la lutte pour la survie, l’accès à l’eau est vital. Même chez les hommes, l’eau est utilisée comme arme de guerre ou moyen de chantage. Des conflits mineurs ou majeurs éclatent pour le contrôle de cette richesse. L’eau est souvent à l’origine de drames: un berger qui faisait boire son troupeau à une source coulant dans une propriété privée a été pris à partie par le propriétaire terrien.
Le berger blesse gravement le propriétaire et écope de quelques années de prison. C’est une blessure pour les deux familles. Ce n’est point un canevas pour le scénario d’un western qui ne se prive pas d’ailleurs d’exploiter ce thème dans nombre de ses films, mais un fait divers réel dans notre pays où la sagesse millénaire a conduit les hommes à se partager ce bienfait de la nature. Cependant, la sagesse n’est pas donnée à tout le monde et certaines nations, profitant de circonstances historiques qui leur sont avantageuses, veulent priver leurs voisins de cette denrée stratégique: la Turquie et Israël ont accaparé la plus grande partie des ressources en eau du Moyen-Orient et se trouvent ainsi dans la position d’alliés stratégiques objectifs. La position géographique du premier aux sources du Tigre et de l’Euphrate, l’expansion belliqueuse et scandaleuse du second peuvent être la source de la prolongation des conflits qui secouent le Moyen-Orient.
Chez nous, heureusement, dans les grandes villes, disparaît peu à peu le spectre des coupures d’eau: ce qui fait passer les factures salées dues à des compteurs affolés.
Mais de quoi sera fait demain quand les usines de dessalement tomberont en panne? Tout le monde garde en mémoire les navettes incessantes de garçons et de fillettes de la cité «Gai soleil» qui, pendant des années, bravaient une circulation dense pour remplir leurs bidons en plastique, dans les villas «d’en face»...

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 10:21

Un peu d’histoire

Le car sortait doucement, sans se presser de la bretelle pour s’engager sur la voie à circulation rapide. A l’horizon, la grande masse noire des montagnes se découpait sur une ciel qui blanchissait. La lumière du soleil commençait à nimber les crêtes lointaines. A sept heures du matin, la circulation était déjà dense, dans les deux sens, les véhicules fonçaient tous feux allumés sur une route luisante à cause des dernières pluies.
A l’intérieur du bus, le receveur avait sorti de sa besace son carnet de tickets et s’apprêtait à entamer sa brève mais décisive tâche. Si Boudjemaâ et son compagnon mirent la main à la poche instinctivement. «12.000 balles, c’est quand même pas cher par rapport à un plein d’essence ou au tarif d’un taxi!». C’est peu et c’est beaucoup! Il ne faut pas oublier que nous sommes des retraités et comme tels, nous devrions avoir, comme dans les pays où l’on respecte les personnes âgées, la carte vermeille! Mais ça revient cher, une virée au bled! J’aime bien y faire un tour de temps en temps pour revoir des amis de jeunesse, prendre des nouvelles des proches...mais comme la famille est grande et que je suis tenu de rendre visite à tout le monde pour ménager les susceptibilités, alors je m’abstiens. Et puis sincèrement, je ne supporte plus le climat du bled. Vous savez, j’habite à M..., à 600 m d’altitude! au-dessus du Sebaou, à droite avant d’arriver à Azazga. En hiver, on y gèle et en été on étouffe. Et là-bas il y a toujours des problèmes d’eau! Figurez-vous que presque cinquante ans après l’Indépendance, le gaz n’est pas encore arrivé! Les conduites ont été installées mais le raccordement n’a pas encore été effectué. Quand je pense que le hameau de C...qui est situé 5 kilomètres plus bas reçoit le gaz, je rigole. Imaginez qu’il y a cinquante ans, C...n’était constitué que de deux ou trois huttes dont l’une d’elles servait de café. Les habitants de M..., frustrés, racontent que dans ce café, on y allumait du feu pour chauffer le café quand on voyait un voyageur se pointer à l’horizon. Ce n’était qu’un lieu-dit avec tout juste un campement pour nomades juste à côté de la rivière. Maintenant, il faut voir les nombreuses villas qui se dressent sur cette route qui monte en lacets. Par contre M...a connu une lente décadence. Pendant la guerre de Libération, c’était un village-caserne, avec beaucoup de Français et très peu d’indigènes, 2 ou 3 familles au plus. Les Français étaient employés à la mairie ou étaient enseignants. Le seul docteur de la commune était français. Mais il y avait la SAS occupée par les goumiers et une caserne occupée par le contingent. Les deux seuls petits colons de la région avaient plié bagage dès 1955! Maintenant, le village a explosé, la population multipliée par dix et les nombreuses HLM occupées par les gens dont les maisons ont été détruites pendant la guerre, encerclent ce petit village qui a la particularité de ne point posséder de cimetière! Vous vous rendez compte, un village sans cimetière! C’est un village qui n’a pas d’histoire! C’est la preuve que tous ses habitants viennent d’ailleurs et quand ils passent l’arme à gauche, on les enterre dans leur village d’origine...
Si Boudjemaâ avait souri à l’énoncé de cette particularité. Il connaissait bien, vu que lui-même, comme il devait le confier à son compagnon, était originaire d’un village situé au-dessus de M...et que son village disposait d’un cimetière imposant où reposaient tant de personnes qu’il avait connues... A cette pensée, il devint tout à coup songeur et moins attentif au discours de son compagnon de voyage. Il ne faisait pas encore jour, et le bus n’avait pas encore atteint sa vitesse de croisière, tant les ralentissements étaient fréquents.

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 10:52

Urbanisation

Le receveur, avant d’entamer sa tournée auprès des passagers avait pris le soin de changer le programme diffusé sur le petit écran. Après l’indicatif qui avait commencé, par sa longueur, à agacer les voyageurs malgré la musique rythmée qui accompagnait les images de danseuses attrayantes, c’est un film américain de série B qui fut offert aux passagers pour les reposer un peu des bavardages désobligeants.
La première séquence montrait une banlieue tranquille d’une petite ville américaine. Une charmante jeune femme, blonde et pulpeuse, accompagnait sa petite fille qui allait rejoindre un transport scolaire: une scène typique d’un quartier fait de maisons individuelles proprettes et bien alignées. Si Boudjemaâ ne manqua pas de faire la comparaison avec l’anarchie qui règne dans le domaine de l’urbanisation dans son pays.
«Regardez-moi ça! Qu’est-ce qui nous empêche de construire comme ces gens-là? Pourtant tous nos responsables ont vu des films américains ou européens. Certains mêmes ont fréquenté leurs écoles et leurs universités. Qu’est-ce qui les a empêchés d’appliquer les règles qui sont appliquées et respectées là-bas. Quand je pense au chaos qui règne ici...»
Là, Si Boudjemaâ montrait du doigt un amas informe de bâtisses enchevêtrées, où les modestes maisons voisinaient d’énormes immeubles. Des usines mêmes se trouvaient au milieu de cette masse où dominait la brique rouge, comme une blessure béante au milieu de la verdure. «Vous n’avez rien vu! Tout au long de la route, c’est pareil! Que des constructions! Et encore des constructions inachevées, et qui resteront encore longtemps inachevées. Les propriétaires ont tous été pris d’une boulimie de construction parce qu’on leur a appris à l’école des affaires qu’il était rentable d’investir dans la pierre. Et ce sont tous des R+2 ou des R+3. Le rez-de-chaussée est réservé au commerce dont la rente servira à achever la construction et au-dessus, des appartements à louer pour pouvoir construire ailleurs! Il y a des gens qui sont devenus milliardaires grâce à la spéculation immobilière. Et c’est pour cela que les gens ne s’attardent pas trop sur les considérations esthétiques.
Jadis, les gens concevaient une maison à usage typiquement familial: quelques pièces modestes pour abriter la famille et un petit jardin avec un citronnier et un figuier au plus. Maintenant, le jardin a été supprimé et les maisons sont destinées à satisfaire les besoins de deux ou trois générations. C’est de la folie! Et c’est partout pareil! Le béton envahit les terres agricoles.
D’Alger à Tizi Ouzou, c’est pareil! Des vergers disparaissent sous les coups des engins des entrepreneurs. Bientôt, il n’y aura plus qu’une seule ville qui occupera non seulement toute la Mitidja, mais qui s’échelonnera tout au long de la route qui va d’Alger jusqu’à l’Akfadou! Dire qu’il n’y a même pas une loi pour protéger les terres agricoles! De quoi vont vivre, demain, nos petits-enfants quand il n’y aura plus ni pétrole ni gaz? Heureusement que nous, nous ne serons plus là pour voir cela! Et on appelle cela le progrès! On est en train de scier la branche sur laquelle on est perchés! Les Américains, eux, savent construire et ils préservent leur environnement. Mais nous...» Le bus était arrivé dans le paysage sinistre des environs de Réghaïa, à proximité de l’immense centrale électrique qui borde la route.

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 10:54

Souvenirs

Le car avait amorcé doucement la vertigineuse descente qui contournait Bou-douaou quand Si Boudjemaâ s’adressa à son compagnon:
Si je comprends bien ya Si Mohammed, vous n’êtes pas de M...!
Je m’appelle Si Ouali et ma famille est originaire de L..., juste au sud-ouest du chef-lieu de commune.
C’est drôle! A l’école primaire, j’ai eu des camarades de classe qui venaient de L...Leur école a été brûlée en 1955, par les moudjahidine et ils devaient faire, les pauvres, des kilomètres à pied, qu’il neige ou qu’il gèle, pour venir à notre école.
C’est exact! reprit Si Ouali. Notre école a été incendiée en 1955! Vous parlez d’une décision!
Priver les enfants d’école! Il faut le faire.
Il paraît que cela a été décidé afin que les militaires français ne puissent pas occuper les écoles et en faire des centres de répression. D’ailleurs, la nôtre a subi ce sort injuste, les militaires occupaient un immeuble et les enseignants un autre bâtiment. Et je peux dire que la coexistence n’était pas facile. Mais les militaires français se faisaient discrets, car les instituteurs français étaient tous des progressistes. Seul le directeur avait été colonialiste sur les bords. Il venait d’ailleurs d’Indochine où il avait fait une partie de sa carrière.
-J’en ai entendu parler! reprit Si Ouali. Moi, je ne suis pas venu chez vous car, comme j’avais un parent établi à M...,mes parents m’ont mis en pension à M...Ils jugeaient que c’était plus sûr! D’ailleurs, je ne le regrette pas, car nous avions un directeur compétent, un Mis Tmourth comme on dit, qui avait été un camarade de classe de Mouloud Feraoun. Malgré sa gentillesse et sa compétence, il a eu des problèmes, le pauvre.
-J’ai été au courant! Son fils était un camarade de classe au lycée de Tizi Ouzou. Il m’avait raconté que son père avait été menacé de mort par le garde champêtre français de M...qui était devenu à la faveur de la guerre, responsable à la SAS de M...Il était le chef des goumiers et il assurait la liaison entre la SAS et la mairie...
Il avait un fils un peu retardé: un gros plein de soupe qui ne comprenait rien à rien.
Et bien, son père qui avait miraculeusement échappé à un attentat (il avait reçu 3 balles dans le ventre), et il en a réchappé. Il était devenu encore plus hargneux après l’attentat.
Je l’ai moi-même entendu de mes propres oreilles, déclarer lors d’un ratissage monstre effectué par l’armée française dans le village: «Il faut arrêter tous ceux qui dépassent quatorze ans, parce que le FLN recrute les auteurs d’attentat à partir de cet âge-là».
Il avait menacé de mort le directeur d’école de M...,s’il ne faisait pas passer son fils sans examen en classe de 6e. Il avait dû s’exécuter la mort dans l’âme, mais cette situation l’a mis dans un tel inconfort moral, qu’il s’était mis à boire.
Je suis tombé d’ailleurs, dans la même classe au lycée, que le fils du garde champêtre.
Il était bouché à l’émeri: un vrai cancre qui était toujours assis au fond de la classe. Et il était la risée de tous ses camarades!

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Chroniques de Selim M’SILI

Message par Séraphin le Ven 27 Mar 2009 - 10:59

Dégradation

Le car gravissait allègrement la côte. Les passagers suivaient avec intérêt le drame qui se nouait sur le petit écran: l’employée de banque modèle qui allait bénéficier d’une promotion soudaine. Sa joie sera de courte durée: elle sera victime d’un ignoble chantage dont sa frêle et innocente petite fille fera les frais. Comme dans tous les films américains qui se respectent, le gangster aura un nom latin et le justicier un patronyme anglo-saxon. Si Boudjemaâ et Si Ouali, les deux sexagénaires, ne faisaient même pas attention à ce spectacle: ils étaient perdus dans leurs souvenirs respectifs. «Alors, vous n’avez pas fait le lycée, ya Si Ouali?»
«Non! Je n’ai pas eu cette chance, mais j’ai fait le collège technique.» «Alors, vous avez vécu à Tizi, tout comme moi!» «J’ai vécu cinq années abominables dans cette ville au climat rude, on gèle en hiver et on étouffe en été. Heureusement qu’à l’époque, il y avait trois cinémas.» «Je m’en souviens, le Cinémonde qui programmait souvent des westerns et des péplums, le Mondial qui avait le plus souvent à son affiche des films de guerre et des films policiers et un troisième cinéma, situé plus bas que la gare, où l’on jouait des comédies françaises. C’est drôle, mais je ne me souviens pas du nom de ce cinéma tant il était peu fréquenté par les lycéens. Il faut dire que quand on est jeune, on préfère les films d’action aux comédies de moeurs.» «Je n’allais pas souvent au cinéma», répondit Si Ouali avec une pointe d’amertume dans la voix. «Mon argent de poche me servait juste à payer le transport, quand je devais rentrer chaque samedi soir à la maison. Mon dimanche, je le passais à traîner du côté du stade, à côté de l’hôpital. C’est pour cela que je garde un mauvais souvenir de cette ville. C’était d’un ennui! Mortel!» «Mais c’était une ville propre!
La rue de la Paix et l’avenue Ferdinand Ailland, tout comme la place de la mairie, avec la poste et l’hôtel Kohler, qui faisaient face à l’Hôtel de ville, étaient dignes des villes de France! Et puis, il n’y avait pas beaucoup de monde! C’était un plaisir de traîner après le cinéma. C’était propre, c’était sain!» «Il faut voir maintenant le triste spectacle qu’offre cette ville!
Les rues sont noires de monde et l’avenir Abane Ramdane a été éventrée par deux tunnels qui devaient à l’origine, faciliter la circulation. Cela n’a rien arrangé. Il y a toujours des embouteillages et la ville est défigurée définitivement. Les transports collectifs empruntent à présent la Nouvelle-Ville! La Nouvelle-Ville: l’artère centrale qui traverse cette excroissance monstrueuse est dans un tel état de délabrement!
La chaussée est creusée, défoncée de toute part: c’est un itinéraire chaotique qui attend celui qui l’emprunte. Moi, je préfère descendre à la gare routière, faire le chemin à pied jusqu’à la sortie Est de la ville, et là, prendre un minibus pour aller jusqu’à M...C’est plus rapide bien que le spectacle qu’offrent les trottoirs de la ville est affligeant: une foule compacte s’y presse toute la journée et les trabendistes ont envahi les trottoirs et les jardins du centre-ville. On ne peut pas circuler en famille et la délinquance y foisonne. C’est vraiment triste!» Un silence s’était installé entre les deux hommes qui confrontaient leurs souvenirs à la dure réalité de l’actualité. Sur la route, la circulation s’était considérablement ralentie à la hauteur de la montée vers Tidjelabine.

_________________


En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin
Admin

Masculin

Messages: 6231
Points: 6610
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum