Chroniques de Selim M’SILI
Page 2 sur 3 • Partager •
Page 2 sur 3 •
1, 2, 3 
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Une Suisse ratée
Dès le début de la côte, les grandes manoeuvres commençaient pour les conducteurs: sur une route à trois voies, cinq rangées de voitures se pressaient pour franchir la crête où un contrôle de gendarmerie était installé! Même le bas-côté, tout raviné qu’il fut, était emprunté par les plus pressés. Arrivés au sommet de la côte, Si Boudjemaâ et Si Ouali pouvaient voir les deux guérites installées de chaque côté de la route. Des hérissons installés sur la chaussée ne permettaient le passage qu’à un seul véhicule. Les gendarmes vigilants filtraient le flot ininterrompu de véhicules de toutes marques et de toutes tailles. On se croirait en pleine guerre, déclara Si Ouali! Au moins, à l’époque de la guerre de Libération, il n’y avait pas autant de véhicules. D’ailleurs, je me souviens qu’à cette époque-là, entre M...et Alger, il n’y avait qu’un seul point de contrôle: c’était à la ferme Roche, à proximité de la route qui mène vers L.N.I. C’était la ferme d’un gros colon qui a été transformée en camp militaire. D’abord, il n’y avait qu’une caserne puis il y a eu un centre de regroupement où étaient rassemblés les supplétifs et leurs familles ou les réfugiés fuyant les hameaux isolés. Le contrôle durait un quart d’heure ou une demi-heure. Il faut dire qu’à l’époque, les véhicules étaient rares. On mettait alors une demi-journée pour faire 130 kilomètres. Ya Si Boudjemaâ: quand il n’y a pas la sécurité dans un pays, on ne peut rien faire! Dire qu’il y a des gens qui prétendent attirer les investisseurs étrangers! Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages! Les hommes d’affaires ne sont ni aveugles, ni sourds, ni naïfs! Quand ils voient des points de contrôle tous les kilomètres, des guérites, des convois et des patrouilles militaires, ils doivent conclure qu’il y a quelque chose qui ne doit pas tourner rond dans ce coin! A moins qu’ils n’investissent dans des projets touristiques proches du Club des Pins, je ne vois pas qui viendrait s’aventurer ici! C’est une véritable malédiction qu’endure cette région qui a pourtant tant enduré lors de la guerre de Libération. Tizi est devenue une ville en état de siège. La circulation y est devenue un casse-tête! A l’entrée, il y a des contrôles, aux carrefours, il y a des agents de police, à la sortie, c’est la même chose. Je trouve curieux que c’est la dernière région où se soient réfugiés tous les maux qui ont frappé ce pays: terrorisme, banditisme, délinquance, chômage...Et pour tout arranger, la circulation est devenue impossible. Il faut plus d’une heure pour rallier Alger à partir de Boudouaou! Je ne comprends rien! Tous les pays du monde, enfin, les pays où il y a des gens qui réfléchissent, on privilégie le rail par rapport à la route! Dans notre pays, c’est le contraire! Pendant quarante ans, on a oublié le chemin de fer! Ce n’est que le matin qu’on y pense un peu. Regarde! Ya Si Boudjemaâ, tout le monde connaît la Suisse. Il y en a même qui vont y planquer le fruit de leurs rapines! Ben en Suisse, pays de montagne, il y a des endroits où on interdit le passage des poids lourds. Les camions eux-mêmes sont convoyés sur rail jusqu’à la frontière. Ils appellent cela le «ferroutage!».
Dès le début de la côte, les grandes manoeuvres commençaient pour les conducteurs: sur une route à trois voies, cinq rangées de voitures se pressaient pour franchir la crête où un contrôle de gendarmerie était installé! Même le bas-côté, tout raviné qu’il fut, était emprunté par les plus pressés. Arrivés au sommet de la côte, Si Boudjemaâ et Si Ouali pouvaient voir les deux guérites installées de chaque côté de la route. Des hérissons installés sur la chaussée ne permettaient le passage qu’à un seul véhicule. Les gendarmes vigilants filtraient le flot ininterrompu de véhicules de toutes marques et de toutes tailles. On se croirait en pleine guerre, déclara Si Ouali! Au moins, à l’époque de la guerre de Libération, il n’y avait pas autant de véhicules. D’ailleurs, je me souviens qu’à cette époque-là, entre M...et Alger, il n’y avait qu’un seul point de contrôle: c’était à la ferme Roche, à proximité de la route qui mène vers L.N.I. C’était la ferme d’un gros colon qui a été transformée en camp militaire. D’abord, il n’y avait qu’une caserne puis il y a eu un centre de regroupement où étaient rassemblés les supplétifs et leurs familles ou les réfugiés fuyant les hameaux isolés. Le contrôle durait un quart d’heure ou une demi-heure. Il faut dire qu’à l’époque, les véhicules étaient rares. On mettait alors une demi-journée pour faire 130 kilomètres. Ya Si Boudjemaâ: quand il n’y a pas la sécurité dans un pays, on ne peut rien faire! Dire qu’il y a des gens qui prétendent attirer les investisseurs étrangers! Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages! Les hommes d’affaires ne sont ni aveugles, ni sourds, ni naïfs! Quand ils voient des points de contrôle tous les kilomètres, des guérites, des convois et des patrouilles militaires, ils doivent conclure qu’il y a quelque chose qui ne doit pas tourner rond dans ce coin! A moins qu’ils n’investissent dans des projets touristiques proches du Club des Pins, je ne vois pas qui viendrait s’aventurer ici! C’est une véritable malédiction qu’endure cette région qui a pourtant tant enduré lors de la guerre de Libération. Tizi est devenue une ville en état de siège. La circulation y est devenue un casse-tête! A l’entrée, il y a des contrôles, aux carrefours, il y a des agents de police, à la sortie, c’est la même chose. Je trouve curieux que c’est la dernière région où se soient réfugiés tous les maux qui ont frappé ce pays: terrorisme, banditisme, délinquance, chômage...Et pour tout arranger, la circulation est devenue impossible. Il faut plus d’une heure pour rallier Alger à partir de Boudouaou! Je ne comprends rien! Tous les pays du monde, enfin, les pays où il y a des gens qui réfléchissent, on privilégie le rail par rapport à la route! Dans notre pays, c’est le contraire! Pendant quarante ans, on a oublié le chemin de fer! Ce n’est que le matin qu’on y pense un peu. Regarde! Ya Si Boudjemaâ, tout le monde connaît la Suisse. Il y en a même qui vont y planquer le fruit de leurs rapines! Ben en Suisse, pays de montagne, il y a des endroits où on interdit le passage des poids lourds. Les camions eux-mêmes sont convoyés sur rail jusqu’à la frontière. Ils appellent cela le «ferroutage!».
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Provisoire
Les passagers, emportés par l’atmosphère de violence qui régnait sur le petit écran, n’avaient même pas accordé une petite attention à l’ambiance lugubre qui régnait à l’extérieur. Le jour naissait et des nappes de brume flottaient au-dessus des champs. Le ciel s’était éclairci et le soleil commençait à caresser les sommets des collines. «C’est quand même un beau pays que le nôtre! C’est dommage qu’on n’ait même pas su le mettre en valeur! Rien que le tourisme peut faire vivre une bonne partie de ses habitants. Il n’y aura qu’à restaurer la sécurité et la tolérance, à éradiquer l’intégrisme et la corruption! Des travaux d’Hercule!» Si Ouali avait dit ça avec tristesse: il donnait l’impression de quelqu’un qui avait raté un peu sa vie, d’être passé à côté de quelque chose.
Le car avait franchi sans encombre le contrôle de gendarmerie et descendait doucement la pente où les véhicules légers tentaient de rattraper le temps perdu. Cependant, cela ne dura pas longtemps: à la montée vers Tidjelabine, l’embouteillage reprenait, mais cette fois pour une autre raison. Si Boudjemaâ soupira, énervé: «C’est infernal! On va encore rester une demi-heure ici! Tout cela à cause du marché des voitures d’occasion! Je me demande qui a eu la lumineuse idée d’installer ce marché juste à côté d’une route aussi encombrée!» Il y avait en effet, des voitures qui stationnaient sur le bas- côté de la route. L’entrée du marché était gardée par des gendarmes armés, mais ceux-ci n’intervenaient pas pour rendre la circulation plus fluide. Une longue file de voitures stationnées sur plus d’un kilomètre, ralentissait considérablement la circulation. Finalement, Si Boudjemaâ ne fut soulagé qu’en apercevant au loin la masse compacte des chalets où avaient été regroupés les sinistrés du séisme de 2003. «Regarde, les pauvres!», dit Si Boudjemaâ à son compagnon. «Ils sont là depuis plus de cinq ans et je pense que ce n’est pas demain qu’ils vont quitter ce trou perdu.» Comme tu le sais, Ya Si Boudjemaâ, il n’y a que le provisoire qui dure dans notre pays: seul le Conseil de la Révolution a duré longtemps. Et en matière de logements, il ne faut pas trop se faire d’illusions. Tous les plans, toutes les promesses qui sont ou qui seront faites n’apporteront pas une solution à cet épineux problème. Figure-toi que j’ai habité à Alger pendant dix années dans la précarité! Non pas dans un bidonville: Dieu merci non! Sache que dans notre commune qui avait construit des logements dans les années 80 pour accueillir les victimes de l’opération de «débidonvillisation» entamée par le régime Chadli, eh bien, ces logements sont restés vides, car personne, chez nous, n’a habité un bidonville. Moi, j’ai fait d’abord l’hôtel puis j’ai loué chez des particuliers avant d’acquérir un logement Cnep. C’était un miracle! Il faut dire que Boumediène essayait d’encourager l’épargne. Mais hélas, l’apport de la Cnep, c’est une goutte d’eau dans l’océan des besoins de la population. Et pour couronner le tout, son directeur vient d’annoncer que 35.000 logements Cnep sont restés invendus parce qu’ils ont été réalisés dans des zones déshéritées! Cela aussi, il faut le faire! Construire là où il n’y a pas de demande. Dire qu’après cela, il y a des gestionnaires qui ont aligné les chiffres de leurs réalisations en bombant le torse!
Les passagers, emportés par l’atmosphère de violence qui régnait sur le petit écran, n’avaient même pas accordé une petite attention à l’ambiance lugubre qui régnait à l’extérieur. Le jour naissait et des nappes de brume flottaient au-dessus des champs. Le ciel s’était éclairci et le soleil commençait à caresser les sommets des collines. «C’est quand même un beau pays que le nôtre! C’est dommage qu’on n’ait même pas su le mettre en valeur! Rien que le tourisme peut faire vivre une bonne partie de ses habitants. Il n’y aura qu’à restaurer la sécurité et la tolérance, à éradiquer l’intégrisme et la corruption! Des travaux d’Hercule!» Si Ouali avait dit ça avec tristesse: il donnait l’impression de quelqu’un qui avait raté un peu sa vie, d’être passé à côté de quelque chose.
Le car avait franchi sans encombre le contrôle de gendarmerie et descendait doucement la pente où les véhicules légers tentaient de rattraper le temps perdu. Cependant, cela ne dura pas longtemps: à la montée vers Tidjelabine, l’embouteillage reprenait, mais cette fois pour une autre raison. Si Boudjemaâ soupira, énervé: «C’est infernal! On va encore rester une demi-heure ici! Tout cela à cause du marché des voitures d’occasion! Je me demande qui a eu la lumineuse idée d’installer ce marché juste à côté d’une route aussi encombrée!» Il y avait en effet, des voitures qui stationnaient sur le bas- côté de la route. L’entrée du marché était gardée par des gendarmes armés, mais ceux-ci n’intervenaient pas pour rendre la circulation plus fluide. Une longue file de voitures stationnées sur plus d’un kilomètre, ralentissait considérablement la circulation. Finalement, Si Boudjemaâ ne fut soulagé qu’en apercevant au loin la masse compacte des chalets où avaient été regroupés les sinistrés du séisme de 2003. «Regarde, les pauvres!», dit Si Boudjemaâ à son compagnon. «Ils sont là depuis plus de cinq ans et je pense que ce n’est pas demain qu’ils vont quitter ce trou perdu.» Comme tu le sais, Ya Si Boudjemaâ, il n’y a que le provisoire qui dure dans notre pays: seul le Conseil de la Révolution a duré longtemps. Et en matière de logements, il ne faut pas trop se faire d’illusions. Tous les plans, toutes les promesses qui sont ou qui seront faites n’apporteront pas une solution à cet épineux problème. Figure-toi que j’ai habité à Alger pendant dix années dans la précarité! Non pas dans un bidonville: Dieu merci non! Sache que dans notre commune qui avait construit des logements dans les années 80 pour accueillir les victimes de l’opération de «débidonvillisation» entamée par le régime Chadli, eh bien, ces logements sont restés vides, car personne, chez nous, n’a habité un bidonville. Moi, j’ai fait d’abord l’hôtel puis j’ai loué chez des particuliers avant d’acquérir un logement Cnep. C’était un miracle! Il faut dire que Boumediène essayait d’encourager l’épargne. Mais hélas, l’apport de la Cnep, c’est une goutte d’eau dans l’océan des besoins de la population. Et pour couronner le tout, son directeur vient d’annoncer que 35.000 logements Cnep sont restés invendus parce qu’ils ont été réalisés dans des zones déshéritées! Cela aussi, il faut le faire! Construire là où il n’y a pas de demande. Dire qu’après cela, il y a des gestionnaires qui ont aligné les chiffres de leurs réalisations en bombant le torse!
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Faut pas décoder!
Tout le monde avait crié au scandale. Le cri était profond et répercuté sur toutes les fréquences de la douleur d’une personne frustrée. A côté, la fameuse tirade de L’Avare passerait pour un poème extatique. C’est que la perte avait été cruelle! Du jour au lendemain, le ciel s’était obscurci: l’écran était devenu quasiment blanc comme lorsque le film, trop tiré, se rompt dans l’appareil de projection. Tous les perfusés, tous les drogués des spectacles transmis par les chaînes satellitaires étaient devenus inconsolables! Déjà, ils avaient perdu Canal+ et ses chaînes annexées, puis c’est TPS et ses associés qui s’évanouissent sur l’écran azuré des nuits blanches! Il ne restait aux détracteurs de l’Unique que Arte et TV5 pour se rattacher encore à des programmes dignes d’intérêt, sans compter, bien sûr les chaînes d’information continue. Le cordon ombilical n’est pas tout à fait rompu! Pourtant, à regarder de près on ne perd pas au change! Avant, devant la pléthore des programmes qui se présentent, le plus difficile était de choisir le spectacle qui puisse changer l’ordinaire d’un citoyen parqué dans une cité dortoir, en butte au stress des difficultés quotidiennes. Devant la variété des choix, le téléspectateur était tenté surtout de vouloir tout voir, de crainte de rater une séquence désopilante. Ce qui le frustrait davantage et le rendrait malheureux devant ses interlocuteurs éventuels qui lui narreraient des anecdotes croustillantes qui lui seraient passées sous le nez. Et le spectateur qui se morfondait d’ennui devant les programmes soporifiques de l’Unique, s’était, dans un premier temps, spécialisé dans l’installation d’antennes UHF afin de capter, par temps idéal, bien sûr, des chaînes quand l’anticyclone des Açores voulait bien s’installer dans la région pour repousser les nuages au nord de Poitiers. Et il n’était pas porté sur la qualité à l’époque! Les images avec des grains, le signal évanescent et fantomatique qui apparaissait et repartait capricieusement. Bref! la monotonie était rompue! Son oeil restait continuellement fixé sur la stratosphère, guettant le moindre cumulus et priant que la sécheresse dure le plus longtemps possible. La météo était devenue une obsession. Jamais il n’aurait pensé que pour échapper à la langue de bois de l’Unique, il soit amené à devenir aussi inquiet qu’un paysan de l’état du ciel: une véritable obsession! Et puis quand les premières paraboles commencèrent à refléter le soleil persistant, il investit toutes ses économies dans l’achat de ce disque solaire qui allait lui apporter toutes les lumières de là-bas! Plus de J-T contraignant, plus de programmes censurés! Enfin, un programme à la hauteur de ses ambitions et de ses désirs: maintenant, il pouvait presque se sentir l’égal de ses cousins qui vivaient là-bas! Il pouvait enfin avoir les mêmes sensations qu’eux. Il pouvait enfin discuter de quelque chose avec eux. Bien sûr, eux avaient toujours le métro, le TGV, l’hôpital performant, le salaire en euros en plus, mais lui, avait enfin, la parabole. C’était un acquis! Et il était devenu un virtuose de la zapette: chaque soir, il balayait de sa main quelques fuseaux horaires, remontant et descendant les méridiens avec une aisance déconcertante. Mais, hélas, tout a une fin. Un jour, la rumeur parut et bientôt, elle se concrétisa: le ciel se couvrit et les nuages du mercantilisme vinrent obscurcir son horizon. Désormais, il prendra deux chaînes par jour comme il prend deux cachets pour survivre.
Tout le monde avait crié au scandale. Le cri était profond et répercuté sur toutes les fréquences de la douleur d’une personne frustrée. A côté, la fameuse tirade de L’Avare passerait pour un poème extatique. C’est que la perte avait été cruelle! Du jour au lendemain, le ciel s’était obscurci: l’écran était devenu quasiment blanc comme lorsque le film, trop tiré, se rompt dans l’appareil de projection. Tous les perfusés, tous les drogués des spectacles transmis par les chaînes satellitaires étaient devenus inconsolables! Déjà, ils avaient perdu Canal+ et ses chaînes annexées, puis c’est TPS et ses associés qui s’évanouissent sur l’écran azuré des nuits blanches! Il ne restait aux détracteurs de l’Unique que Arte et TV5 pour se rattacher encore à des programmes dignes d’intérêt, sans compter, bien sûr les chaînes d’information continue. Le cordon ombilical n’est pas tout à fait rompu! Pourtant, à regarder de près on ne perd pas au change! Avant, devant la pléthore des programmes qui se présentent, le plus difficile était de choisir le spectacle qui puisse changer l’ordinaire d’un citoyen parqué dans une cité dortoir, en butte au stress des difficultés quotidiennes. Devant la variété des choix, le téléspectateur était tenté surtout de vouloir tout voir, de crainte de rater une séquence désopilante. Ce qui le frustrait davantage et le rendrait malheureux devant ses interlocuteurs éventuels qui lui narreraient des anecdotes croustillantes qui lui seraient passées sous le nez. Et le spectateur qui se morfondait d’ennui devant les programmes soporifiques de l’Unique, s’était, dans un premier temps, spécialisé dans l’installation d’antennes UHF afin de capter, par temps idéal, bien sûr, des chaînes quand l’anticyclone des Açores voulait bien s’installer dans la région pour repousser les nuages au nord de Poitiers. Et il n’était pas porté sur la qualité à l’époque! Les images avec des grains, le signal évanescent et fantomatique qui apparaissait et repartait capricieusement. Bref! la monotonie était rompue! Son oeil restait continuellement fixé sur la stratosphère, guettant le moindre cumulus et priant que la sécheresse dure le plus longtemps possible. La météo était devenue une obsession. Jamais il n’aurait pensé que pour échapper à la langue de bois de l’Unique, il soit amené à devenir aussi inquiet qu’un paysan de l’état du ciel: une véritable obsession! Et puis quand les premières paraboles commencèrent à refléter le soleil persistant, il investit toutes ses économies dans l’achat de ce disque solaire qui allait lui apporter toutes les lumières de là-bas! Plus de J-T contraignant, plus de programmes censurés! Enfin, un programme à la hauteur de ses ambitions et de ses désirs: maintenant, il pouvait presque se sentir l’égal de ses cousins qui vivaient là-bas! Il pouvait enfin avoir les mêmes sensations qu’eux. Il pouvait enfin discuter de quelque chose avec eux. Bien sûr, eux avaient toujours le métro, le TGV, l’hôpital performant, le salaire en euros en plus, mais lui, avait enfin, la parabole. C’était un acquis! Et il était devenu un virtuose de la zapette: chaque soir, il balayait de sa main quelques fuseaux horaires, remontant et descendant les méridiens avec une aisance déconcertante. Mais, hélas, tout a une fin. Un jour, la rumeur parut et bientôt, elle se concrétisa: le ciel se couvrit et les nuages du mercantilisme vinrent obscurcir son horizon. Désormais, il prendra deux chaînes par jour comme il prend deux cachets pour survivre.
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Altermondialisme
Au lendemain de l’éclatement de l’URSS, au moment où de gros nuages noirs s’amoncelaient sur les têtes des pays sous-développés en général, et sur la classe ouvrière en particulier, j’avais rendu visite à Abdelhamid Benzine à l’occasion de l’élimination d’un terroriste sur lequel on avait trouvé la photographie du dernier directeur d’Alger Républicain. Je l’avais trouvé au siège du journal mythique, très en forme malgré les catastrophes qui s’abattaient sur le pays et aussi sur les journalistes. Je lui fis un bref entretien (pour le compte de feu El Manchar) et je lui posais l’inévitable question sur l’avenir de la lutte des classes et du monde ouvrier. Il essuya ses lunettes, prit une grande respiration et exhala un long soupir qui devait exprimer, non pas une lassitude, mais un moment de pause avant le passage à l’action: «Tu sais, mon fils, la classe ouvrière en a vu d’autres. La chute de la Commune de Paris, en 1871, avait été perçue comme une catastrophe planétaire et pourtant, il y a eu 1917 en Russie, 1949 en Chine, 1959 à Cuba. Rien n’est définitif: la lutte peut changer de forme tant qu’il y aura sur terre des humiliés, des exploités. Il faut laisser le temps au temps...»
Des années après, je me suis rendu compte qu’il avait visé juste: les progressistes qui se sont impliqués jusqu’à présent dans les partis communistes, ont quitté cette coquille vidée par la douloureuse expérience soviétique pour s’investir avec plus ou moins de bonheur dans des combats pour l’amélioration de la qualité de la vie ou pour des échanges Nord-Sud plus justes et plus équilibrés. Ce sont généralement des luttes dirigées contre le capitalisme et qui se concrétisent particulièrement pendant les sommets des pays riches (ceux qui se partagent la grosse galette du monde). Que ce soit à Davos ou à Rio de Janeiro, des heurts violents ont opposé les altermondialistes aux forces de l’ordre. La lutte contre les OGM, cette grande escroquerie venue des Etats-Unis. En France, où le message de René Dumont a été pris en charge par la Confédération paysanne dirigée jusqu’à il n’y a pas longtemps, par José Bové, la lutte contre la «mal bouffe» s’est illustrée par le démontage d’un fast-food «McDonald». On ne compte pas les autres initiatives prises par des militants des associations humanitaires pour l’amélioration de la vie des plus démunis et des réprouvés: droit au logement pour les SDF, soupe populaire et aide en nature pour les chômeurs, lutte pour la régularisation des sans-papiers et actions concrètes pour un commerce équitable avec les pays sous-développés.
A l’heure où les puissances occidentales, qui ont l’habitude de s’honorer mutuellement par des prix Nobel qui n’ont été réservés jusqu’à récemment qu’à des membres issus des pays capitalistes (le 1er prix Nobel de la paix n’a été décerné qu’en 1973 à un type du Sud: Lê Duc-Tho qui a signé les Accords de Paris, mettant fin à la guerre du Vietnam. Lê Duc-Tho a refusé le prix, certainement pour honorer la mémoire de Romain Rolland et Rabindranath Tagore qui avait mené campagne contre la guerre capitaliste type: celle de 14-18). Il faut se rappeler que parce que les prix Nobel ont été distribués avec ségrégation: Jean-Paul Sartre refusa le sien pour cette raison. Le premier écrivain arabe à le recevoir fut Naguib Mahfouz: comme prime il reçut un coup de poignard de la main d’un intégriste. Sur les trois écrivains russes qui reçurent le prix Nobel de littérature, deux étaient dissidents. C’est sans doute pour cette raison que des gens qui ont pris le «parti d’en rire de peur d’avoir à en pleurer plus tard», ont pris l’initiative de décerner à Cambridge (USA) des anti-Nobel pour récompenser les études qui font «d’abord rire, puis réfléchir». C’est pour la 17e année consécutive que ces anti-Nobel ont été décernés à des humoristes dont les recherches portent sur des sujets aussi légers que «la sensation du décalage horaire chez le hamster» ou «l’extraction de la vanille à partir de la bouse de vache». Enfin, des sujets qui ne risquent ni de nuire à l’environnement ni au portefeuille des plus démunis. On est altermondialiste comme on peut!
Au lendemain de l’éclatement de l’URSS, au moment où de gros nuages noirs s’amoncelaient sur les têtes des pays sous-développés en général, et sur la classe ouvrière en particulier, j’avais rendu visite à Abdelhamid Benzine à l’occasion de l’élimination d’un terroriste sur lequel on avait trouvé la photographie du dernier directeur d’Alger Républicain. Je l’avais trouvé au siège du journal mythique, très en forme malgré les catastrophes qui s’abattaient sur le pays et aussi sur les journalistes. Je lui fis un bref entretien (pour le compte de feu El Manchar) et je lui posais l’inévitable question sur l’avenir de la lutte des classes et du monde ouvrier. Il essuya ses lunettes, prit une grande respiration et exhala un long soupir qui devait exprimer, non pas une lassitude, mais un moment de pause avant le passage à l’action: «Tu sais, mon fils, la classe ouvrière en a vu d’autres. La chute de la Commune de Paris, en 1871, avait été perçue comme une catastrophe planétaire et pourtant, il y a eu 1917 en Russie, 1949 en Chine, 1959 à Cuba. Rien n’est définitif: la lutte peut changer de forme tant qu’il y aura sur terre des humiliés, des exploités. Il faut laisser le temps au temps...»
Des années après, je me suis rendu compte qu’il avait visé juste: les progressistes qui se sont impliqués jusqu’à présent dans les partis communistes, ont quitté cette coquille vidée par la douloureuse expérience soviétique pour s’investir avec plus ou moins de bonheur dans des combats pour l’amélioration de la qualité de la vie ou pour des échanges Nord-Sud plus justes et plus équilibrés. Ce sont généralement des luttes dirigées contre le capitalisme et qui se concrétisent particulièrement pendant les sommets des pays riches (ceux qui se partagent la grosse galette du monde). Que ce soit à Davos ou à Rio de Janeiro, des heurts violents ont opposé les altermondialistes aux forces de l’ordre. La lutte contre les OGM, cette grande escroquerie venue des Etats-Unis. En France, où le message de René Dumont a été pris en charge par la Confédération paysanne dirigée jusqu’à il n’y a pas longtemps, par José Bové, la lutte contre la «mal bouffe» s’est illustrée par le démontage d’un fast-food «McDonald». On ne compte pas les autres initiatives prises par des militants des associations humanitaires pour l’amélioration de la vie des plus démunis et des réprouvés: droit au logement pour les SDF, soupe populaire et aide en nature pour les chômeurs, lutte pour la régularisation des sans-papiers et actions concrètes pour un commerce équitable avec les pays sous-développés.
A l’heure où les puissances occidentales, qui ont l’habitude de s’honorer mutuellement par des prix Nobel qui n’ont été réservés jusqu’à récemment qu’à des membres issus des pays capitalistes (le 1er prix Nobel de la paix n’a été décerné qu’en 1973 à un type du Sud: Lê Duc-Tho qui a signé les Accords de Paris, mettant fin à la guerre du Vietnam. Lê Duc-Tho a refusé le prix, certainement pour honorer la mémoire de Romain Rolland et Rabindranath Tagore qui avait mené campagne contre la guerre capitaliste type: celle de 14-18). Il faut se rappeler que parce que les prix Nobel ont été distribués avec ségrégation: Jean-Paul Sartre refusa le sien pour cette raison. Le premier écrivain arabe à le recevoir fut Naguib Mahfouz: comme prime il reçut un coup de poignard de la main d’un intégriste. Sur les trois écrivains russes qui reçurent le prix Nobel de littérature, deux étaient dissidents. C’est sans doute pour cette raison que des gens qui ont pris le «parti d’en rire de peur d’avoir à en pleurer plus tard», ont pris l’initiative de décerner à Cambridge (USA) des anti-Nobel pour récompenser les études qui font «d’abord rire, puis réfléchir». C’est pour la 17e année consécutive que ces anti-Nobel ont été décernés à des humoristes dont les recherches portent sur des sujets aussi légers que «la sensation du décalage horaire chez le hamster» ou «l’extraction de la vanille à partir de la bouse de vache». Enfin, des sujets qui ne risquent ni de nuire à l’environnement ni au portefeuille des plus démunis. On est altermondialiste comme on peut!
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Une époque révolue
A peine a-t-on commencé à se réjouir de la disparition des chaînes cryptées et des cartes pirates qu’on voit poindre à l’horizon la menace d’un retour à la télécommande. L’annonce faite d’une probable émission d’une carte officielle de Canal+, qui permettra d’accéder à 25 chaînes différentes, va relancer un secteur électronique en panne. Mais, d’un autre côté, ce sera tout simplement le retour à l’embarras du choix et au vagabondage entre les émissions déchaînées. Pourtant, la pénurie de chaînes a du bon, il n’y a qu’à considérer cette période de disette pour s’apercevoir qu’on peut enfin voir un programme du début jusqu’à la fin et d’arriver à la conclusion que l’abondance n’est pas synonyme de qualité, c’est ainsi qu’on peut sans effort de concentration apprécier les émissions de qualité proposées par les chaînes du service public français. Arte est sans ambages, passée maîtresse dans l’art de concocter de petits messages subliminaux que les téléspectateurs des deux rives digéreront sans difficulté. Dans les conditions actuelles de grande crise économique et de dépression, quoi de plus naturel qu’une émission économique et, de surcroît, sur le patronat. Il ne s’agit pas de ces patrons dont on ne connaît les noms que dans la presse spécialisée, économique ou people. Non, il s’agit de ces petits patrons qui frayent avec leurs travailleurs, qui se lèvent de bonne heure, pointent à l’usine avant tout le monde et partent en fin de journée après tout le monde. Cette race de patrons, en voie de disparition, Arte les a rencontrés. Mais ce ne sont plus des patrons en activité. Ce sont des patrons de petites et moyennes entreprises qui ont pris leur retraite, ont mis la clé sous le paillasson et ont vendu leurs entreprises à d’anonymes sociétés financées par ces fonds de pension américains à la sinistre renommée. C’est autour d’une table modestement garnie que ces sexagénaires à la mine rubiconde, ont fait, dans une ambiance de forte convivialité, part de leurs états d’âme avec le sentiment du devoir accompli pour se dédouaner un peu d’avoir abandonné des entreprises performantes pour achever le cycle de leur vie dans des conditions confortables. La prouesse de l’émission est d’avoir rendu ces patrons sympathiques, surtout aux yeux du monde du travail. Ce sont finalement des hommes ordinaires avec des qualités certaines. Ils sont entreprenants, ou plutôt ils l’ont été quand les conditions économiques et sociales le permettaient, mais l’époque de la petite entreprise familiale est révolue, cette époque où les relations entre patron et ouvriers étaient directes. L’expansion économique de l’Europe a pris fin et les nuages de la mondialisation ont rendu la situation des entreprises et de leurs agents, patrons comme ouvriers, plus précaire. Le poids des impôts, la concurrence au niveau européen, la pression syndicale et enfin le péril asiatique ont eu raison de ces petites unités industrieuses qui ont fait la renommée de cette vallée des Alpes, toute proche de la Suisse. Alors, pour couronner le tout, arrivent les fonds de pension américains comme les cavaliers de l’Apocalypse, à la recherche d’entreprises performantes pour faire fructifier leurs capitaux. Ce sont des investisseurs sans âme et sans corps, ils viennent, pompent la substance vitale d’une entreprise et s’en vont quand il n’y a plus rien à gratter, à la recherche d’autres entreprises, laissant derrière eux des ruines industrielles, des directeurs désemparés et d’anciens patrons désabusés qui regrettent un peu le temps passé, mais qui se consolent un peu en se consacrant à leur marotte tout en vitupérant l’époque. Arte a quand même réussi à nous rendre les patrons sympathiques. Il faut le faire!
A peine a-t-on commencé à se réjouir de la disparition des chaînes cryptées et des cartes pirates qu’on voit poindre à l’horizon la menace d’un retour à la télécommande. L’annonce faite d’une probable émission d’une carte officielle de Canal+, qui permettra d’accéder à 25 chaînes différentes, va relancer un secteur électronique en panne. Mais, d’un autre côté, ce sera tout simplement le retour à l’embarras du choix et au vagabondage entre les émissions déchaînées. Pourtant, la pénurie de chaînes a du bon, il n’y a qu’à considérer cette période de disette pour s’apercevoir qu’on peut enfin voir un programme du début jusqu’à la fin et d’arriver à la conclusion que l’abondance n’est pas synonyme de qualité, c’est ainsi qu’on peut sans effort de concentration apprécier les émissions de qualité proposées par les chaînes du service public français. Arte est sans ambages, passée maîtresse dans l’art de concocter de petits messages subliminaux que les téléspectateurs des deux rives digéreront sans difficulté. Dans les conditions actuelles de grande crise économique et de dépression, quoi de plus naturel qu’une émission économique et, de surcroît, sur le patronat. Il ne s’agit pas de ces patrons dont on ne connaît les noms que dans la presse spécialisée, économique ou people. Non, il s’agit de ces petits patrons qui frayent avec leurs travailleurs, qui se lèvent de bonne heure, pointent à l’usine avant tout le monde et partent en fin de journée après tout le monde. Cette race de patrons, en voie de disparition, Arte les a rencontrés. Mais ce ne sont plus des patrons en activité. Ce sont des patrons de petites et moyennes entreprises qui ont pris leur retraite, ont mis la clé sous le paillasson et ont vendu leurs entreprises à d’anonymes sociétés financées par ces fonds de pension américains à la sinistre renommée. C’est autour d’une table modestement garnie que ces sexagénaires à la mine rubiconde, ont fait, dans une ambiance de forte convivialité, part de leurs états d’âme avec le sentiment du devoir accompli pour se dédouaner un peu d’avoir abandonné des entreprises performantes pour achever le cycle de leur vie dans des conditions confortables. La prouesse de l’émission est d’avoir rendu ces patrons sympathiques, surtout aux yeux du monde du travail. Ce sont finalement des hommes ordinaires avec des qualités certaines. Ils sont entreprenants, ou plutôt ils l’ont été quand les conditions économiques et sociales le permettaient, mais l’époque de la petite entreprise familiale est révolue, cette époque où les relations entre patron et ouvriers étaient directes. L’expansion économique de l’Europe a pris fin et les nuages de la mondialisation ont rendu la situation des entreprises et de leurs agents, patrons comme ouvriers, plus précaire. Le poids des impôts, la concurrence au niveau européen, la pression syndicale et enfin le péril asiatique ont eu raison de ces petites unités industrieuses qui ont fait la renommée de cette vallée des Alpes, toute proche de la Suisse. Alors, pour couronner le tout, arrivent les fonds de pension américains comme les cavaliers de l’Apocalypse, à la recherche d’entreprises performantes pour faire fructifier leurs capitaux. Ce sont des investisseurs sans âme et sans corps, ils viennent, pompent la substance vitale d’une entreprise et s’en vont quand il n’y a plus rien à gratter, à la recherche d’autres entreprises, laissant derrière eux des ruines industrielles, des directeurs désemparés et d’anciens patrons désabusés qui regrettent un peu le temps passé, mais qui se consolent un peu en se consacrant à leur marotte tout en vitupérant l’époque. Arte a quand même réussi à nous rendre les patrons sympathiques. Il faut le faire!
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Justice
Après son investiture, dans le flot des déclarations qu’Obama a faites à la presse, on a pu noter son indulgence vis-à-vis de son prédécesseur: «George W.Bush est un type bien, mais il a fait de mauvais choix...» Ce qui différencie un homme politique n’est-il pas justement la question des choix faits et assumés. Cette indulgence vis-à-vis d’un homme qui a mis à feu et à sang une partie du monde et réduit une bonne partie de l’économie américaine en ruine, ne peut que s’expliquer par deux choses: ou bien Obama voulait faire un pari sur l’avenir et espérait solliciter une pareille indulgence de son successeur au cas où son mandat n’aurait pas rempli toutes les attentes de ses électeurs, ou bien a-t-il agi par solidarité avec un collègue, tout simplement. Cette indulgence et cette solidarité, on les retrouve partout chez les différents présidents américains, tout comme on trouve l’indulgence de Hollywood vis-à-vis de la société américaine et des institutions du pays. Il ne faut pas s’attendre de la part de l’industrie cinématographique à ce qu’elle sape les fondements mêmes de ce qui a fait sa prospérité et sa gloire, tout comme Hollywood a contribué à l’enrichissement de cette nation qui est si prospère...Et c’est la raison pour laquelle, Hollywood, depuis sa création, ne cesse de tresser des lauriers à l’endroit d’un des piliers du système américain: la justice.
On ne compte plus le nombre de films qui ont été consacrés à la justice, à l’appareil judiciaire, de l’enquêteur jusqu’au coroner, aux avocats, aux juges et aux directeurs de prison. Des fois, même Hollywood rend hommage à la justice en déplorant son absence. On peut, sans difficulté, se remémorer les séquences de lynchage (mot qui date de l’époque glorieuse de la ruée vers l’or du nom de celui qui l’a instauré) où des foules mobilisées exécutent des suspects sans autre forme de procès, comme auront lieu parallèlement des exécutions sommaires perpétrées par les membres du Ku Klux Klan contre les Noirs...Dans la prolifique production de Hollywood concernant le système judiciaire, on ne verra jamais une condamnation du système judiciaire présenté comme indépendant du politique ou du financier, mais comme une garantie sûre pour le système démocratique qui prévaut dans ce grand pays. On peut y voir la justice influencée par le pouvoir de l’argent, par le poids de l’appareil politique, par celui des lobbies de l’Eglise ou des préjugés raciaux, mais Hollywood donne toujours le dernier mot au jury populaire qui est la bonne conscience de la société américaine. Arte vient de nous gratifier justement, d’un de ces petits films qui écorchent sans blesser le système américain.
Le Verdict, réalisé par Sydney Lumet, réalisateur qui a déjà à son actif le film lumineux de 12 hommes en colère où Henri Fonda brilla, donne l’occasion à Paul Newman d’étaler sa large palette de talents dans un rôle qu’il campe avec brio: un avocat sur la pente douce de l’éthylique déchéance se voit confier une cause perdue d’avance: attaquer un hôpital géré par la toute-puissante Eglise américaine pour une bavure médicale dont la victime est une femme issue de la classe ouvrière. Tout va se liguer contre cet avocat en plein naufrage, la défection d’un expert médical au dernier moment, l’arrivée d’un Noir comme expert de rechange, le refus de collaboration d’une sage-femme, les manoeuvres machiavéliques d’un puissant cabinet d’avocats, qui ira jusqu’à lui balancer une vamp dans son lit pour l’espionner (Charlotte Rampling).
C’est finalement l’arrivée inopinée (deus ex machina) d’une infirmière dont le témoignage saura émouvoir un jury populaire, qui donnera la victoire à l’avocat déchu!
Après son investiture, dans le flot des déclarations qu’Obama a faites à la presse, on a pu noter son indulgence vis-à-vis de son prédécesseur: «George W.Bush est un type bien, mais il a fait de mauvais choix...» Ce qui différencie un homme politique n’est-il pas justement la question des choix faits et assumés. Cette indulgence vis-à-vis d’un homme qui a mis à feu et à sang une partie du monde et réduit une bonne partie de l’économie américaine en ruine, ne peut que s’expliquer par deux choses: ou bien Obama voulait faire un pari sur l’avenir et espérait solliciter une pareille indulgence de son successeur au cas où son mandat n’aurait pas rempli toutes les attentes de ses électeurs, ou bien a-t-il agi par solidarité avec un collègue, tout simplement. Cette indulgence et cette solidarité, on les retrouve partout chez les différents présidents américains, tout comme on trouve l’indulgence de Hollywood vis-à-vis de la société américaine et des institutions du pays. Il ne faut pas s’attendre de la part de l’industrie cinématographique à ce qu’elle sape les fondements mêmes de ce qui a fait sa prospérité et sa gloire, tout comme Hollywood a contribué à l’enrichissement de cette nation qui est si prospère...Et c’est la raison pour laquelle, Hollywood, depuis sa création, ne cesse de tresser des lauriers à l’endroit d’un des piliers du système américain: la justice.
On ne compte plus le nombre de films qui ont été consacrés à la justice, à l’appareil judiciaire, de l’enquêteur jusqu’au coroner, aux avocats, aux juges et aux directeurs de prison. Des fois, même Hollywood rend hommage à la justice en déplorant son absence. On peut, sans difficulté, se remémorer les séquences de lynchage (mot qui date de l’époque glorieuse de la ruée vers l’or du nom de celui qui l’a instauré) où des foules mobilisées exécutent des suspects sans autre forme de procès, comme auront lieu parallèlement des exécutions sommaires perpétrées par les membres du Ku Klux Klan contre les Noirs...Dans la prolifique production de Hollywood concernant le système judiciaire, on ne verra jamais une condamnation du système judiciaire présenté comme indépendant du politique ou du financier, mais comme une garantie sûre pour le système démocratique qui prévaut dans ce grand pays. On peut y voir la justice influencée par le pouvoir de l’argent, par le poids de l’appareil politique, par celui des lobbies de l’Eglise ou des préjugés raciaux, mais Hollywood donne toujours le dernier mot au jury populaire qui est la bonne conscience de la société américaine. Arte vient de nous gratifier justement, d’un de ces petits films qui écorchent sans blesser le système américain.
Le Verdict, réalisé par Sydney Lumet, réalisateur qui a déjà à son actif le film lumineux de 12 hommes en colère où Henri Fonda brilla, donne l’occasion à Paul Newman d’étaler sa large palette de talents dans un rôle qu’il campe avec brio: un avocat sur la pente douce de l’éthylique déchéance se voit confier une cause perdue d’avance: attaquer un hôpital géré par la toute-puissante Eglise américaine pour une bavure médicale dont la victime est une femme issue de la classe ouvrière. Tout va se liguer contre cet avocat en plein naufrage, la défection d’un expert médical au dernier moment, l’arrivée d’un Noir comme expert de rechange, le refus de collaboration d’une sage-femme, les manoeuvres machiavéliques d’un puissant cabinet d’avocats, qui ira jusqu’à lui balancer une vamp dans son lit pour l’espionner (Charlotte Rampling).
C’est finalement l’arrivée inopinée (deus ex machina) d’une infirmière dont le témoignage saura émouvoir un jury populaire, qui donnera la victoire à l’avocat déchu!
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Priorités
Quand l’Algérien moyen se lève le matin, il fait toujours très attention: après avoir maudit trois fois le nom du Malin, il pose délicatement et en premier son pied droit dans sa pantoufle et bénit le ciel de lui avoir permis de se réveiller sain et sauf, malgré une nuit agitée par de confus cauchemars. Ce sont toujours les mêmes mauvais rêves qui l’habitent, rêves hérités d’une vie abrupte où les soucis domestiques sont amplifiés par une inflation galopante et un environnement immédiat hostile. Cependant, il n’arrête pas de répéter les louanges de reconnaissance envers le Créateur qui, dans Son Infinie Miséricorde, l’a gratifié d’une bonne santé et d’un optimisme à toute épreuve. Parvenu à l’âge d’homme mûr, ayant accompli les tâches principales dictées par la Nature et la société, il considère avec fierté la petite famille qu’il a créée, de connivence avec sa conjointe que le destin lui a fait rencontrer un jour, à un moment et dans des circonstances où il s’attendait le moins.
Ayant fait traverser à sa progéniture toutes les épreuves d’une époque tumultueuse, lui faisant éviter tous les écueils dressés par des institutions perverties, il peut, avec orgueil, envisager un avenir serein. Certes, il avait jusque-là, construit sa vie en se donnant des priorités: un emploi, un toit, une famille. Tout le reste, c’ était de la littérature pour lui! Donner de solides bases à ses enfants était sa première priorité: un comportement conforme à la morale et un pragmatisme économique. C’est sur ce dernier point qu’il avait le plus insisté, car c’était selon lui, le talon d’Achille de la plupart de ses compatriotes: ayant bénéficié d’une situation originale, ils percevaient des salaires sans contrepartie économique et cette position d’éternels assistés leur avait donné une assurance quant à l’avenir. Par contre, lui, il avait toujours enseigné à ses enfants de prendre exemple sur le modèle des pays développés: dépenser une partie des revenus dans les chapitres essentiels de la vie et économiser pour pouvoir affronter l’avenir dans de bonnes conditions. En plus d’un métier solide et utile pour la société, il leur avait inculqué le besoin d’apprendre tous les jours un peu plus et de s’ouvrir à la culture universelle qui est la finalité d’une vie bien remplie. Car, il faut le dire, il a toujours éprouvé de l’aversion pour les discussions stériles qui réunissaient ses voisins, jeunes et vieux, à chaque fin de semaine. C’étaient des conciliabules sans fin toujours autour du même sujet: le football. On dirait que c’était leur préoccupation essentielle! Dès qu’un match «important» s’annonçait, il y en avait qui montaient à la terrasse ou s’agrippaient à leurs fenêtres pour régler leur parabole. Et le quartier vivait à chaque rendez-vous sportif une nuit d’enfer. Il ne s’étonnait pas que son voisin le plus proche, supporter fanatique d’un club populaire, ait contaminé ses enfants du même engouement pour le ballon rond: ils avaient tous raté leur scolarité et tentaient tous, arrivés à l’âge adulte où il fallait trouver un emploi, d’émigrer clandestinement. Et c’est cela qui confortait l’Algérien moyen dans ses certitudes: ne jamais mettre la charrue avant les boeufs et ne pas lâcher la proie pour l’ombre. Pour lui, la création d’une usine de construction automobile était beaucoup plus importante que le match Algérie-Egypte. Au fait, existe-t-il un prix Nobel de football?

Quand l’Algérien moyen se lève le matin, il fait toujours très attention: après avoir maudit trois fois le nom du Malin, il pose délicatement et en premier son pied droit dans sa pantoufle et bénit le ciel de lui avoir permis de se réveiller sain et sauf, malgré une nuit agitée par de confus cauchemars. Ce sont toujours les mêmes mauvais rêves qui l’habitent, rêves hérités d’une vie abrupte où les soucis domestiques sont amplifiés par une inflation galopante et un environnement immédiat hostile. Cependant, il n’arrête pas de répéter les louanges de reconnaissance envers le Créateur qui, dans Son Infinie Miséricorde, l’a gratifié d’une bonne santé et d’un optimisme à toute épreuve. Parvenu à l’âge d’homme mûr, ayant accompli les tâches principales dictées par la Nature et la société, il considère avec fierté la petite famille qu’il a créée, de connivence avec sa conjointe que le destin lui a fait rencontrer un jour, à un moment et dans des circonstances où il s’attendait le moins.
Ayant fait traverser à sa progéniture toutes les épreuves d’une époque tumultueuse, lui faisant éviter tous les écueils dressés par des institutions perverties, il peut, avec orgueil, envisager un avenir serein. Certes, il avait jusque-là, construit sa vie en se donnant des priorités: un emploi, un toit, une famille. Tout le reste, c’ était de la littérature pour lui! Donner de solides bases à ses enfants était sa première priorité: un comportement conforme à la morale et un pragmatisme économique. C’est sur ce dernier point qu’il avait le plus insisté, car c’était selon lui, le talon d’Achille de la plupart de ses compatriotes: ayant bénéficié d’une situation originale, ils percevaient des salaires sans contrepartie économique et cette position d’éternels assistés leur avait donné une assurance quant à l’avenir. Par contre, lui, il avait toujours enseigné à ses enfants de prendre exemple sur le modèle des pays développés: dépenser une partie des revenus dans les chapitres essentiels de la vie et économiser pour pouvoir affronter l’avenir dans de bonnes conditions. En plus d’un métier solide et utile pour la société, il leur avait inculqué le besoin d’apprendre tous les jours un peu plus et de s’ouvrir à la culture universelle qui est la finalité d’une vie bien remplie. Car, il faut le dire, il a toujours éprouvé de l’aversion pour les discussions stériles qui réunissaient ses voisins, jeunes et vieux, à chaque fin de semaine. C’étaient des conciliabules sans fin toujours autour du même sujet: le football. On dirait que c’était leur préoccupation essentielle! Dès qu’un match «important» s’annonçait, il y en avait qui montaient à la terrasse ou s’agrippaient à leurs fenêtres pour régler leur parabole. Et le quartier vivait à chaque rendez-vous sportif une nuit d’enfer. Il ne s’étonnait pas que son voisin le plus proche, supporter fanatique d’un club populaire, ait contaminé ses enfants du même engouement pour le ballon rond: ils avaient tous raté leur scolarité et tentaient tous, arrivés à l’âge adulte où il fallait trouver un emploi, d’émigrer clandestinement. Et c’est cela qui confortait l’Algérien moyen dans ses certitudes: ne jamais mettre la charrue avant les boeufs et ne pas lâcher la proie pour l’ombre. Pour lui, la création d’une usine de construction automobile était beaucoup plus importante que le match Algérie-Egypte. Au fait, existe-t-il un prix Nobel de football?

_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Un goût d’inachevé...
Il y a des printemps dont les fleurs tiennent leurs promesses, même tardivement: c’est le cas du printemps de Prague ou du Printemps berbère. Il y en a qui capotent ou avortent, et les rêves printaniers se transforment vite en cauchemar. C’est sans doute pour cela que l’espérance née au lendemain du 5 Octobre n’est pas célébrée. Chacun va de ce petit orage qui a donné une pluie noire et sèche: chahut de gamins, explosion de colère, sombre machination née dans un obscur cabinet noir. Et les images de ces jours tumultueux sont rares. A cause des multiples censures superposées. Ce sont toutes ces raisons qui obscurcissent le souvenir et mutilent la mémoire. Au bout du compte, la majorité des gens pense que ce qui a provoqué cet incendie, les causes profondes sont toujours là: chômage, blocage et verrouillage de la vie politique, manque de perspectives, corruption. Encore qu’à l’époque, les jeunes n’étaient pas réduits à s’embarquer sur des radeaux de fortune pour franchir des murs invisibles...
C’est le seul critère indiscutable de la réussite ou de la faillite d’un système. Il faut se rendre dans l’Algérie profonde, dans une de ces petites bourgades situées au milieu de nulle part, à égale distance entre l’Atlas tellien et l’Atlas saharien, pour se rendre compte du marasme vécu par une jeunesse. Un noyau de ville aux maisons basses, séquelle d’un passé colonial noyé au milieu d’immondes cités, véritables cubes de béton posés hâtivement par des mains pressées de passer à d’autres marchés. Dans un patelin où une eau rare est chichement distribuée deux jours sur trois, un monument prétentieux semble tourner la réalité en dérision: une jarre montée sur un socle en pierre déverse une eau imaginaire dans une vasque en forme d’étoile irrégulière où une eau putride, pleine d’immondices, dégage une odeur pestilentielle.
Tout cela au beau milieu d’une place entourée de cafés où une jeunesse oisive vient tuer le temps et regarder le temps qui ne passe pas.
Une mosquée aux minarets prétentieux, en forme de turbans turcs domine une place de marché où, là aussi, toutes sortes de produits made in Asia sont exposés à même le sol, attirant une foule hétéroclite de tous âges. Là aussi, un goût d’inachevé: les ordures jonchent la terre battue et jurent avec la netteté d’un édifice officiel qui ne porte pas de raison sociale à son fronton.
Plus loin, une grande esplanade au milieu d’un large trottoir fraîchement rénové avec de prétentieux lampadaires et des bancs en fer forgé qui font face à une cité cerclée de dépôts d’ordures. Des jeunes oisifs se postent à une heure fixe, là, en face de nulle part, attendant le passage de lycéennes effrontées qui rentrent nonchalamment chez elles, toutes voiles dehors avec un sourire en coin... Heureusement que le portable existe: c’est le trait d’union entre ceux qui ne peuvent pas se rencontrer. A côté, pas de cinémas, aucun théâtre; que des cafés et des maisons aux fenêtres borgnes: elles sont en construction depuis des années. Un magasin ouvert au rez-de-chaussée servira à l’heureux propriétaire à continuer la suite. Un goût d’inachevé!
Il y a des printemps dont les fleurs tiennent leurs promesses, même tardivement: c’est le cas du printemps de Prague ou du Printemps berbère. Il y en a qui capotent ou avortent, et les rêves printaniers se transforment vite en cauchemar. C’est sans doute pour cela que l’espérance née au lendemain du 5 Octobre n’est pas célébrée. Chacun va de ce petit orage qui a donné une pluie noire et sèche: chahut de gamins, explosion de colère, sombre machination née dans un obscur cabinet noir. Et les images de ces jours tumultueux sont rares. A cause des multiples censures superposées. Ce sont toutes ces raisons qui obscurcissent le souvenir et mutilent la mémoire. Au bout du compte, la majorité des gens pense que ce qui a provoqué cet incendie, les causes profondes sont toujours là: chômage, blocage et verrouillage de la vie politique, manque de perspectives, corruption. Encore qu’à l’époque, les jeunes n’étaient pas réduits à s’embarquer sur des radeaux de fortune pour franchir des murs invisibles...
C’est le seul critère indiscutable de la réussite ou de la faillite d’un système. Il faut se rendre dans l’Algérie profonde, dans une de ces petites bourgades situées au milieu de nulle part, à égale distance entre l’Atlas tellien et l’Atlas saharien, pour se rendre compte du marasme vécu par une jeunesse. Un noyau de ville aux maisons basses, séquelle d’un passé colonial noyé au milieu d’immondes cités, véritables cubes de béton posés hâtivement par des mains pressées de passer à d’autres marchés. Dans un patelin où une eau rare est chichement distribuée deux jours sur trois, un monument prétentieux semble tourner la réalité en dérision: une jarre montée sur un socle en pierre déverse une eau imaginaire dans une vasque en forme d’étoile irrégulière où une eau putride, pleine d’immondices, dégage une odeur pestilentielle.
Tout cela au beau milieu d’une place entourée de cafés où une jeunesse oisive vient tuer le temps et regarder le temps qui ne passe pas.
Une mosquée aux minarets prétentieux, en forme de turbans turcs domine une place de marché où, là aussi, toutes sortes de produits made in Asia sont exposés à même le sol, attirant une foule hétéroclite de tous âges. Là aussi, un goût d’inachevé: les ordures jonchent la terre battue et jurent avec la netteté d’un édifice officiel qui ne porte pas de raison sociale à son fronton.
Plus loin, une grande esplanade au milieu d’un large trottoir fraîchement rénové avec de prétentieux lampadaires et des bancs en fer forgé qui font face à une cité cerclée de dépôts d’ordures. Des jeunes oisifs se postent à une heure fixe, là, en face de nulle part, attendant le passage de lycéennes effrontées qui rentrent nonchalamment chez elles, toutes voiles dehors avec un sourire en coin... Heureusement que le portable existe: c’est le trait d’union entre ceux qui ne peuvent pas se rencontrer. A côté, pas de cinémas, aucun théâtre; que des cafés et des maisons aux fenêtres borgnes: elles sont en construction depuis des années. Un magasin ouvert au rez-de-chaussée servira à l’heureux propriétaire à continuer la suite. Un goût d’inachevé!
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Acteur halalLe métier de saltimbanque a toujours été mal vu: c’est une profession incertaine, chaotique. C’est la raison pour laquelle, depuis le Moyen Age, les artistes sont marginalisés, traités d’intouchables. Ils ne connaissent que les routes aventureuses qui les mènent de palais en estaminets et dînent souvent à la fortune du pot. Les romans qui traitent des tribulations picaresques des hommes de théâtre sont nombreux et ils illustrent tous la dure condition de ceux dont le métier est de ramener la joie chez les autres, de changer le morne quotidien et d’entretenir la flamme de la culture d’une manière vivante. Le capitaine Fracasse et Sans famille donnent des aspects différents des bohémiens du spectacle. Si la société a été souvent dure envers ces gens-là, (qu’on traite souvent de parasites), car la plus-value que leur travail produit n’est pas quantifiable et pas concrète, c’est souvent à cause de l’interprétation étroite des textes religieux: on ne crée pas innocemment des personnages en leur donnant vie et émotions sur un plateau. Et avec l’arrivée des intégrismes, le sort de ces éternels maudits ne s’arrange guère: le regretté Youssef Chahine, dans une émission-hommage qui lui est consacrée, a montré sa peine en constatant le changement de comportement de son jeune acteur fétiche qu’il a contribué à transformer en idole: il ne répondait plus à son salut.
Chahine était un copte ouvert à la culture universelle, au cosmopolitisme, le jeune acteur était victime du travail en profondeur des islamistes qui ont réussi à transformer la société égyptienne. Et le monde du cinéma est plus visé que les autres secteurs, car c’est lui qui a reflété le mieux, jusqu’à ces derniers temps, les états d’âme du peuple égyptien. Chahine avait reçu des menaces et a été traîné en justice pour son film L’Emigrant et des pressions intolérables sont exercées sur les comédiens afin qu’ils changent de registre et de comportement. La censure n’est plus sur le contenu du film, comme l’avait montré si bien Abdou B. dans un de ses magnifiques articles sur le cinéma arabe, Ni Dieu, ni sexe, mais sur les rôles eux-mêmes. Un comédien a reçu des menaces pour avoir interprété le rôle d’un ecclésiastique. Le comble! La dernière mauvaise surprise nous vient d’un reportage de Thalassa sur le plateau de tournage du dernier film de Merzak Allouache, sur le dernier phénomène en «vogue»: les harraga. Le talentueux cinéaste algérien (Omar Gatlatou), avec son humour habituel, a fait montre de son étonnement quand son principal comédien, pour des raisons «religieuses», a refusé de donner un baiser à sa fiancée qui était, ma foi, fort avenante.
Il est bien entendu que l’aventure des harraga n’a rien d’un «Embarquement pour Cythère», mais de là à se proclamer comme comédien «halal», c’est un comble! Donc, il y a des comédiens «haram», et que le «jeu» est vécu comme un acte authentique. Cet effacement progressif des sentiments par l’autocensure s’accomplit d’une manière rampante. Petit à petit, la société va se retrouver dans les attitudes hypocrites du Moyen Age et il n’est pas loin le temps où les rôles de femmes seront tenus par des hommes, si toutefois, le théâtre survit à la vague intégriste, comme dans les années trente...
Encore un peu et on pourra dire à nos petits enfants que les bébés naissent dans les fleurs de cactus. Pour donner un peu de piquant à l’histoire!
Chahine était un copte ouvert à la culture universelle, au cosmopolitisme, le jeune acteur était victime du travail en profondeur des islamistes qui ont réussi à transformer la société égyptienne. Et le monde du cinéma est plus visé que les autres secteurs, car c’est lui qui a reflété le mieux, jusqu’à ces derniers temps, les états d’âme du peuple égyptien. Chahine avait reçu des menaces et a été traîné en justice pour son film L’Emigrant et des pressions intolérables sont exercées sur les comédiens afin qu’ils changent de registre et de comportement. La censure n’est plus sur le contenu du film, comme l’avait montré si bien Abdou B. dans un de ses magnifiques articles sur le cinéma arabe, Ni Dieu, ni sexe, mais sur les rôles eux-mêmes. Un comédien a reçu des menaces pour avoir interprété le rôle d’un ecclésiastique. Le comble! La dernière mauvaise surprise nous vient d’un reportage de Thalassa sur le plateau de tournage du dernier film de Merzak Allouache, sur le dernier phénomène en «vogue»: les harraga. Le talentueux cinéaste algérien (Omar Gatlatou), avec son humour habituel, a fait montre de son étonnement quand son principal comédien, pour des raisons «religieuses», a refusé de donner un baiser à sa fiancée qui était, ma foi, fort avenante.
Il est bien entendu que l’aventure des harraga n’a rien d’un «Embarquement pour Cythère», mais de là à se proclamer comme comédien «halal», c’est un comble! Donc, il y a des comédiens «haram», et que le «jeu» est vécu comme un acte authentique. Cet effacement progressif des sentiments par l’autocensure s’accomplit d’une manière rampante. Petit à petit, la société va se retrouver dans les attitudes hypocrites du Moyen Age et il n’est pas loin le temps où les rôles de femmes seront tenus par des hommes, si toutefois, le théâtre survit à la vague intégriste, comme dans les années trente...
Encore un peu et on pourra dire à nos petits enfants que les bébés naissent dans les fleurs de cactus. Pour donner un peu de piquant à l’histoire!
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Re: Chroniques de Selim M’SILI
Préoccupations
Tout le monde déplore la montée de la violence dans tous les secteurs de la vie quotidienne. Chacun va de sa petite explication quant aux origines et aux causes de ce phénomène qui fait d’un citoyen un loup. Et dans notre pays, plus qu’ailleurs, la violence est omniprésente, du berceau jusqu’au tombeau.
Si on élimine le facteur hérédité (nous ne sommes pas si différents de nos voisins maghrébins), faut-il imputer cela aux facteurs sociologiques et historiques qui font bouillir le sang ou alors faut-il le mettre sur le compte de la corruption, de l’inefficacité ou de la lenteur de la machine judiciaire? Il faut dire que la violence est partout: au foyer où la femme, de par son statut, est souvent agressée, dans la rue où les rapports sont réglés selon la vieille loi de la jungle, au travail, sur les routes ou dans les stades.
Si sur les routes, cela se traduit par des chiffres ahurissants en matière de pertes en vies humaines ou de dégâts matériels considérables, dans les stades, c’est une violence inexpliquée qui se manifeste sur les gradins bien plus que sur la pelouse. Dans les pays européens, cette violence qui accompagne les matchs de football est souvent mise sur le compte de la consommation de boissons alcoolisées, et elle est combattue par les autorités avec des mesures restrictives qui limitent les excès! Caméras de surveillance, fichage des individus et interdiction d’entrée aux supporters récidivistes, sans compter les fouilles au corps et un dispositif policier très consistant. Cela n’a pas empêché des délinquants serbes de battre à mort un supporter français à Belgrade. Mais là, la justice a aussitôt réagi par l’interpellation de onze suspects filmés lors de l’agression. Et tout le monde s’attend à un procès exemplaire. Mais l’application de la loi suffit-elle pour éradiquer cet esprit qui nuit tellement au sport? On est en droit de s’interroger sur les futures dispositions qui seront proposées par le département de Hachemi Djiar pour lutter contre la violence dans les stades.
Les dispositifs policier et judiciaire seront-ils suffisants pour juguler ce phénomène? N’y a-t-il pas un travail pédagogique à faire plus en amont pour inculquer aux jeunes gens les notions de civisme, de tolérance et de pacifisme? La famille, l’école, la mosquée et la télévision jouent-elles le rôle qui leur est dévolu dans l’éducation des générations? Pourquoi un match de football (ce phénomène n’est perceptible que dans le sport-roi) provoque-t-il des rixes entre supporters, des affrontements entre quartiers ou entre villes? Est-ce une survivance de l’esprit tribal qui n’a pas encore disparu dans les relations entre citoyens? Cela peut prêter à sourire quand on pense que deux Etats d’Amérique centrale ont sorti leurs chars à l’occasion d’un derby! Cela prouve que politique et sport sont intimement mêlés, et que les pouvoirs politiques préfèrent que «leurs citoyens» (ou sujets) se mobilisent plus pour la défense de leur cocarde que pour la satisfaction de leurs besoins essentiels légitimes. Le football, c’est un peu l’opium du peuple.
Tout le monde déplore la montée de la violence dans tous les secteurs de la vie quotidienne. Chacun va de sa petite explication quant aux origines et aux causes de ce phénomène qui fait d’un citoyen un loup. Et dans notre pays, plus qu’ailleurs, la violence est omniprésente, du berceau jusqu’au tombeau.
Si on élimine le facteur hérédité (nous ne sommes pas si différents de nos voisins maghrébins), faut-il imputer cela aux facteurs sociologiques et historiques qui font bouillir le sang ou alors faut-il le mettre sur le compte de la corruption, de l’inefficacité ou de la lenteur de la machine judiciaire? Il faut dire que la violence est partout: au foyer où la femme, de par son statut, est souvent agressée, dans la rue où les rapports sont réglés selon la vieille loi de la jungle, au travail, sur les routes ou dans les stades.
Si sur les routes, cela se traduit par des chiffres ahurissants en matière de pertes en vies humaines ou de dégâts matériels considérables, dans les stades, c’est une violence inexpliquée qui se manifeste sur les gradins bien plus que sur la pelouse. Dans les pays européens, cette violence qui accompagne les matchs de football est souvent mise sur le compte de la consommation de boissons alcoolisées, et elle est combattue par les autorités avec des mesures restrictives qui limitent les excès! Caméras de surveillance, fichage des individus et interdiction d’entrée aux supporters récidivistes, sans compter les fouilles au corps et un dispositif policier très consistant. Cela n’a pas empêché des délinquants serbes de battre à mort un supporter français à Belgrade. Mais là, la justice a aussitôt réagi par l’interpellation de onze suspects filmés lors de l’agression. Et tout le monde s’attend à un procès exemplaire. Mais l’application de la loi suffit-elle pour éradiquer cet esprit qui nuit tellement au sport? On est en droit de s’interroger sur les futures dispositions qui seront proposées par le département de Hachemi Djiar pour lutter contre la violence dans les stades.
Les dispositifs policier et judiciaire seront-ils suffisants pour juguler ce phénomène? N’y a-t-il pas un travail pédagogique à faire plus en amont pour inculquer aux jeunes gens les notions de civisme, de tolérance et de pacifisme? La famille, l’école, la mosquée et la télévision jouent-elles le rôle qui leur est dévolu dans l’éducation des générations? Pourquoi un match de football (ce phénomène n’est perceptible que dans le sport-roi) provoque-t-il des rixes entre supporters, des affrontements entre quartiers ou entre villes? Est-ce une survivance de l’esprit tribal qui n’a pas encore disparu dans les relations entre citoyens? Cela peut prêter à sourire quand on pense que deux Etats d’Amérique centrale ont sorti leurs chars à l’occasion d’un derby! Cela prouve que politique et sport sont intimement mêlés, et que les pouvoirs politiques préfèrent que «leurs citoyens» (ou sujets) se mobilisent plus pour la défense de leur cocarde que pour la satisfaction de leurs besoins essentiels légitimes. Le football, c’est un peu l’opium du peuple.
_________________
.gif)
En cliquant sur le bouton " J'accepte " :
- vous vous êtes engagé à respecter sans réserve le présent règlement ;
-Tout ce qui contrevient à la charte du forum ( Lire charte Ici ) sera supprimé sans justification.
.

Séraphin- Admin
-

Messages: 6218
Points: 6594
Date d'inscription: 23/01/2009
Localisation: Homeland
Page 2 sur 3 •
1, 2, 3 
Sujets similaires» Chroniques de Selim M’SILI
» un blog génial : chroniques de 2 consommatrices repenties
» maladies inflammatoires chroniques de l'intestin
» Maladies chroniques : Sarkozy veut renforcer le rôle des mutuelles.
» Les Chroniques de Mornéa / Galeon
» un blog génial : chroniques de 2 consommatrices repenties
» maladies inflammatoires chroniques de l'intestin
» Maladies chroniques : Sarkozy veut renforcer le rôle des mutuelles.
» Les Chroniques de Mornéa / Galeon
Page 2 sur 3
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum



