Mohammed Arkoun -par Thierry Paquot-
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Re: Mohammed Arkoun -par Thierry Paquot-
Quelles sont les villes que vous aimez ?
J’aime Le Caire, Damas, Alep, Istanbul, Shiraz, Ispahan, Oran, Tlemcen, Biskra, Marrakech, Fès, Kairouan avant les bouleversements de toutes sortes que ces villes connaissent depuis les années 1960-1970. Ces villes avaient des traces d’une histoire riche et exprimaient chacune à sa façon les identités régionales et les traces vivantes d’une anthropologie culturelle très attachantes. L’absence d’une politique de restauration et d’harmonisation des nouvelles constructions avec l’urbanisme traditionnel et les beautés de l’environnement naturel a généré des désordres et des ruptures insupportables pour qui connaît tant soit peu la sémiologie des espaces, le langage des symboles, la mise en valeur des parcs et jardins, l’aménagement des places de convivialité, l’émoi esthétique conjugué avec la ferveur spirituelle de l’architecture religieuse et bien d’autres valeurs perdues. Tout cela a été pris en compte, analysé, défendu dans les délibérations inoubliables des jurys du Prix Aga Khan. La bibliothèque du Prix à Genève est un trésor inestimable pour les chercheurs, les penseurs de l’architecture et de l’urbanisme en contextes islamiques anciens et contemporains. Tous ceux qui rêvent d’une architecture et d’un urbanisme humanistes peuvent et doivent visiter cette bibliothèque, qui compte vingt-sept ans d’accumulation d’archives sur tous les lieux historiques du monde musulman. J’ai une pensée particulière pour Bagdad, dont la splendeur célébrée dans les Mille et Une Nuits, œuvre unique d’une imagination universelle, la richesse humaine, l’ampleur des productions intellectuelles, artistiques et religieuses, le rayonnement incomparable dans l’espace méditerranéen de 750 à 1258 sont livrés à la politique dévastatrice d’un tyran, démesurément amplifiée par une conquête inqualifiable et une anarchie meurtrière qui souillent à jamais la condition humaine.
Comme toujours, je suis obsédé par la comparaison du destin historique des villes liées au parcours de l’islam, tout en le dépassant par des parcours antérieurs très riches, à celui des villes d’Europe qui permettent de remonter le temps jusqu’à la Grèce et Rome, si présentes encore dans un grand nombre de lieux de mémoires vivantes. Politique de conservation, de restauration fine et fidèle à la fois des monuments comme de leurs environnements, connaissance scrupuleuse et amoureuse de l’histoire des arts, des artisanats qui ont contribué à tant de créations d’un côté ; oublis, destructions, indifférence aux passés antérieurs à l’islam, bouleversements anarchiques, abandons des parcs et des jardins, indifférence aux places publiques de convivialité et sociabilité, prohibition ou contrôle religieux des lieux de rencontre, de créativité, d’échanges et d’épanouissement de la condition humaine de l’autre. Il y a tant d’enseignements à tirer de cette comparaison systématique pour éclairer et, si possible, dépasser les misères humaines d’un temps et d’une civilisation qui fournissent pourtant des possibilités toujours plus grandes de libérer tous les habitants de notre petite planète.
J’aime Le Caire, Damas, Alep, Istanbul, Shiraz, Ispahan, Oran, Tlemcen, Biskra, Marrakech, Fès, Kairouan avant les bouleversements de toutes sortes que ces villes connaissent depuis les années 1960-1970. Ces villes avaient des traces d’une histoire riche et exprimaient chacune à sa façon les identités régionales et les traces vivantes d’une anthropologie culturelle très attachantes. L’absence d’une politique de restauration et d’harmonisation des nouvelles constructions avec l’urbanisme traditionnel et les beautés de l’environnement naturel a généré des désordres et des ruptures insupportables pour qui connaît tant soit peu la sémiologie des espaces, le langage des symboles, la mise en valeur des parcs et jardins, l’aménagement des places de convivialité, l’émoi esthétique conjugué avec la ferveur spirituelle de l’architecture religieuse et bien d’autres valeurs perdues. Tout cela a été pris en compte, analysé, défendu dans les délibérations inoubliables des jurys du Prix Aga Khan. La bibliothèque du Prix à Genève est un trésor inestimable pour les chercheurs, les penseurs de l’architecture et de l’urbanisme en contextes islamiques anciens et contemporains. Tous ceux qui rêvent d’une architecture et d’un urbanisme humanistes peuvent et doivent visiter cette bibliothèque, qui compte vingt-sept ans d’accumulation d’archives sur tous les lieux historiques du monde musulman. J’ai une pensée particulière pour Bagdad, dont la splendeur célébrée dans les Mille et Une Nuits, œuvre unique d’une imagination universelle, la richesse humaine, l’ampleur des productions intellectuelles, artistiques et religieuses, le rayonnement incomparable dans l’espace méditerranéen de 750 à 1258 sont livrés à la politique dévastatrice d’un tyran, démesurément amplifiée par une conquête inqualifiable et une anarchie meurtrière qui souillent à jamais la condition humaine.
Comme toujours, je suis obsédé par la comparaison du destin historique des villes liées au parcours de l’islam, tout en le dépassant par des parcours antérieurs très riches, à celui des villes d’Europe qui permettent de remonter le temps jusqu’à la Grèce et Rome, si présentes encore dans un grand nombre de lieux de mémoires vivantes. Politique de conservation, de restauration fine et fidèle à la fois des monuments comme de leurs environnements, connaissance scrupuleuse et amoureuse de l’histoire des arts, des artisanats qui ont contribué à tant de créations d’un côté ; oublis, destructions, indifférence aux passés antérieurs à l’islam, bouleversements anarchiques, abandons des parcs et des jardins, indifférence aux places publiques de convivialité et sociabilité, prohibition ou contrôle religieux des lieux de rencontre, de créativité, d’échanges et d’épanouissement de la condition humaine de l’autre. Il y a tant d’enseignements à tirer de cette comparaison systématique pour éclairer et, si possible, dépasser les misères humaines d’un temps et d’une civilisation qui fournissent pourtant des possibilités toujours plus grandes de libérer tous les habitants de notre petite planète.
Invité- Invité
Re: Mohammed Arkoun -par Thierry Paquot-
Propos recueillis à Paris, le 2 mai, par Corinne Martin et Thierry Paquot.
Invité- Invité
Re: Mohammed Arkoun -par Thierry Paquot-
waw ! Je découvre et je m'étonne de découvrir... je continue ma lecture plus tard mais je vous invite à faire de même. Voilà un grand penseur algérien, contemporain, encore vivant, qui parle de l'islam de façon qui n'est pas stéréotypée, qui critique Ricoeur et Lévinas pour leur exclusion de l'islam dans leurs pensées et philosophies correspondantes, (ils sont considérés comme grands penseurs tout de même)...
je vous invite à le lire.
je vous invite à le lire.

Chezlui- Membre Très Actif

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Date d'inscription: 24/01/2009
Re: Mohammed Arkoun -par Thierry Paquot-
Je vais lire ça après nchallah
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Séraphin- Admin
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